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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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15 mars 2008 6 15 /03 /mars /2008 01:43

XXI

XXI, l’info XXL


couv-21.jpgLe 17 janvier sortait un nouveau journal… en librairie :
XXI (prononcez "21"), 200 pages, d’articles, de photos et de BD reportages, sans pub, pour célébrer l’amour de l’info, la vraie, celle qui se recueille sur le terrain et a un prix. Deux semaines plus tard, contre toute attente, ce trimestriel s’était déjà écoulé à près de 40 000 exemplaires. Les raisons de ce succès, on en discute avec Patrick de Saint Exupéry, ex grand reporter au Figaro et désormais rédacteur en chef de XXI.


"Quand on veut un avis éclairé sur un fait marquant pour prendre du recul et le mettre en perspective, c’est
à nous écrivains que les journaux font appel mais en dehors de ça personne ne lit nos livres", disait en gros je ne sais plus quel écrivain dans je ne sais plus quel journal je ne sais plus quel jour. La presse et la littérature seraient-elles donc à ce point irréconciliables ? En ce moment des éditeurs, des journalistes et des écrivains pensent que non, puisqu’en janvier les éditions Autrement ont lancé Mook et celles des Arènes XXI, deux projets de livres-magazines (autrement dit "mook", contraction de mag et de book). Tous deux sont trimestriels, tous deux coûtent 15 euros, tous deux cherchent à enrayer la course à l’actu et son info fast food en réhabilitant le récit du réel, celui qui fait se déplacer un homme d’un endroit à un autre pour raconter ensuite ce qu’il a vu, entendu, vécu. De la matière donc, de la chaire, l’incarnation des hommes et du terrain, ni plus ni moins. Une tâche vieille comme le monde qu’on a un peu perdue en chemin. 

Ainsi Mook se dit être "le livre-magazine de ceux qui désirent le monde autrement. Le Mook, c’est avant tout un état d’esprit en osmose avec le monde comme il va. Magazine de tous ceux qui initient des révolutions minuscules, il met en valeur les innovateurs, les entrepreneurs au sens large, les créateurs d’objets, d’idées, d’émotions, de valeurs. Ces aventuriers du quotidien, on les retrouve dans tous les secteurs d’activité, culturels et sociaux, économiques et technologiques, scientifiques et littéraires ; différents dans leur choix de vie, si ressemblants dans leur approche. Et c’est cette transversalité que le Mook veut représenter et donner à voir. Loin des "héros" et des grandes causes médiatisées, le Mook valorise ceux qui font discrètement bouger les lignes, ceux qui à petits pas font évoluer la société… et la vision que celle-ci a d’elle-même. Le Mook, hybride dans la forme et original sur le fond s’adresse en priorité à ceux qui, à des moments charnières, s’interrogent sur le sens de leur vie, leur parcours professionnel, l’adéquation entre ce qu’ils sont et ce qu’ils font." Mais des deux c’est XXI qui nous a le plus convaincu, en terme de forme et de contenu. D’ailleurs c’est un succès. Interview.
 


patrick-de-saint-exupery-copie-1.jpg
"aller voir et raconter, j’ai toujours trouvé ça incroyable"

"XXI,
c’est de la lecture, pas de la consommation !"





Bonjour Patrick de Saint Exupery. Alors il paraît que vous avez vendu 40 000 exemplaires de 
XXI ?
Oui, on ne s’attendait pas à ça (rires) ! On en a tiré 40 000 et il nous en reste 1000 en stock. Et 40 000 c’était pour 3 mois. On en a donc vendu 39 000 en deux semaines. Donc voilà, il y a du boulot maintenant.
 
Combien comptez-vous en retirer ?
Alors là le tirage c’est une étrangeté chez XXI mais ce n’est pas nous qui l’avons fixé, ce sont les libraires car c’est eux qui nous diffusent. Il nous avait demandé 30 000 exemplaires. On a fait une petite marge à 40 000. On a bien fait. Maintenant pour ce qui est d’en retirer, on ne sait pas encore, on attend un peu car on n’est pas dans l’urgence puisqu’on n’est justement pas dans les tempos de la presse.
 
XXI est le fruit d’une rencontre entre vous et l’éditeur Laurent Beccaria. Comment et quand vous êtes-vous rencontré ?
Vous savez une rencontre ça prend un peu de temps. On s’était rencontré pour la première fois en 2004 quand j’ai été publié aux Arènes, la maison d’édition que dirige Laurent Becarria, et à partir de là on a continué à discuter, à nous écouter et on s’est lancé dans XXI parce qu’on se retrouvait sur un projet commun, entre le journalisme et l’édition.
 
Ça donne quelque chose d’hybride.
En fait la proposition est très simple : c’est un esprit presse dans une format librairie. Après vous me dites que c’est hybride, je ne sais pas, est-ce que les choses un peu nouvelles et différentes ne génèrent pas toutes ce type de première impression ?
 
Dans l’édito du numéro 1 vous dites que le journalisme tel que pratiqué par Albert Londres est éternel, "seules les formes changent". N’est-ce pas ça le côté hybride : trouver la nouvelle forme qui va refaire jaillir l’essence journalistique ?
A mon sens, la première légitimité du journaliste est toute simple, c’est d’avoir été là, quelque part, n’importe où d’ailleurs, mais quelque part, avoir vu, constaté, entendu et de le raconter. Pour moi c’est un truc indéracinable cette incroyable possibilité qu’a le journaliste d’aller voir et de raconter. Moi j’ai toujours trouvé que c’était quelque chose d’incroyable.
 
Dans l’écriture, on a l’impression que XXI réhabilite le journalisme subjectif…
Notre ton est simple, c’est le réel, la retranscription du réel. On est dans le narrative writing, le journalisme de récit, on va à un endroit et on raconte. C’est les américains qui ont réactualisé le narrative writing, mais c’est aussi la base du journalisme en France, c’est comme ça que s’est créé le journalisme en France, ensuite on s’en est éloigné et nous on propose d’y retourner un peu.
 
Partant de là, vous faites le pari que l’information a une taille et un prix...
Alors la question de la taille : on est sur 200 pages, Le Nouvel Obs doit tourner autour de 130…
 
Avec les pubs !
Oui, nous c’est 200 pages sans pubs.
 
Grande différence.
C’est clair. Mais c’est parce qu’on raisonne par rapport aux lecteurs. On raisonne en se disant que XXI n’est pas fait pour être consommé mais pour être lu. C’est idiot, mais c’est ça : XXI c’est de la lecture, pas de la consommation ! Est-ce que c’est long ? Je ne sais pas : est-ce qu’un livre est long ? Ça dépend. S’il vous intéresse, il n’est pas long. La question du prix : est-ce que c’est cher ?
 
En France, on n’est pas habitué à mettre 15 euros…
Oui, on n’est pas habitué parce qu’aujourd’hui on nous fait croire que tout est gratuit mais c’est une illusion. Rien n’est gratuit, c’est une évidence. Moi j’adore lire des journaux, quelqu’ils soient. J’achète mon journal et j’aime l’acheter parce que le simple fait de l’acheter me donne le droit si je ne suis pas content de le dire : "Je ne suis pas content !" J’ai le droit puisque je l’ai acheté ! Alors que si on me le donne gratuitement je le lis comme un prospectus et je n’ai pas le droit de dire que je ne suis pas content. Quand c’est gratuit ça n’a pas de valeur. Quand j’achète mon journal avant les fêtes et qu’on me donne des gros suppléments publicitaires, en tant que lecteur, je suis paumé, je ne comprends plus. Qu’est-ce que j’achète : de la lecture ou de la pub ?
 
Mais, à la base, aucun journal ne s’ouvre à la pub par plaisir, c’est juste que leurs ventes ne suffisent pas à les faire vivre…
Ça j’en suis le premier conscient ! La question se pose pour les journaux comme pour XXI !
 
Comment conjurez-vous ce problème ?
En croyant au lecteur. On n’a pas de cible parce qu’on croit qu’il existe des lecteurs curieux, c’est tout. C’est idiot encore une fois, mais c’est notre postulat. Il y a des lecteurs, ils sont curieux et on ne peut pas les réduire à une cible, parce qu’un lecteur ça peut être une femme, un homme, un jeune, quelqu’un de plus âgé, quelqu’un qui a de l’argent, quelqu’un en a moins. Après le plaisir du lecteur c’est un mystère. Est-ce que le lecteur a du plaisir ? Est-ce que sa curiosité est satisfaite ? On propose, le lecteur dispose.
 
Envoyer des gens sur le terrain comme vous le faites, ça coûte cher j’imagine…
Oui, c’est pour ça qu’on le vend 15 euros. Tout le contenu est fait de A à Z pour XXI, les illustrations, les textes, le récit graphique. Donc quelque part, sans vouloir galvauder le mot, on est sur un contenu exclusif.
 
Comment est venue l’idée du "récit graphique" ?
On aime la bande dessinée et c’est un mode narratif alors pourquoi ne pas raconter la réalité en bande dessinée ? Pourquoi devrait-elle se cantonner à la fiction ? Voilà on s’est simplement dit ça. Tous nos collaborateurs ressentent une grande attirance pour le réel. Ça nous fait plaisir d’aller l’éprouver et d’essayer de le restituer. Dans le numéro 2 on va par exemple avoir un récit graphique de Jacques Ferrandez, l’auteur des Carnets d’Orient. Normalement il travaille pour Casterman, mais pour nous il a choisi de décaler ses projets parce que voilà il y avait un tropisme, une folle attirance pour le réel.
 
Vous représentez un eldorado pour des auteurs en mal d’aventure !
C’est vrai qu’on a beaucoup de propositions mais on répond. Même si ça prend du temps on voit tout le monde et on verra tout le monde. Nos portes sont grandes ouvertes et tout est possible.
 

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Published by Sylvain Fesson - dans MEDIAlogue
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commentaires

jérôme-david cheval 17/03/2008 18:34

ça veut dire ce que ça veut dire : les critiques rémunérés que l'on invite, que l'on choie, etc... qui forcement installe un truc du genre donnant donnant entre le produit/producteur et le journaliste critique...dans le privé, s'il faut être client pour emettre un avis c'est interressant comme point de vue pour le débat mais ça me semble pousser le bouchon un peu loin, ceci dit sans doute est-ce signe d'un temps hypermarchand ou le consomateur payant existe "mieux" que l'autre le gratuit vu qu'il a le droit de critiquer, cela revient à dire que le droit de penser, ou en tout les cas d'en emettre une se paye....c'était des questions, posées rapidement, après une lecture sans doute trop rapide aussi, ne te s'en pas visé, et malgré mes réminiscences de vieux gôchiste j'essaie de comprendre comment fonctionnent tout ces paradoxes propres à notre temps pour pouvoir vivre avec sans qu'il ne m'aliène trop tout en les utilisant...bien à toijérôme

jérôme-david cheval 15/03/2008 20:44

merci pour le tuyau m'sieur,j'aime bien son discours aussi, notamment sa reflexion sur la gratuité qui t'interdit, t'ôte à la possibilité de critiqué, en fait je n'y crois pas vraiment, même si la gratuité par contre est sans aucun doute hyper Perverse ! mais cet argument n'est-il pas hyper pertinent pour "la critique professionelle" ?( à part ça , j'espère rejouer bientot )hi ahn

Sylvain Fesson 15/03/2008 22:16

Cheval Blanc que veux-tu dire quand tu dis "cet argument n'est-il pas hyper pertinent pour la critique professionelle ? Je ne comprends pas : quel argument ? c'est quoi la critique professionnelle ?Explanation please !

juko 15/03/2008 10:04

they need you Sylvain! portes ouvertes!

Sylvain Fesson 15/03/2008 11:54

Ouais je vais voir ca ;-)