Mercredi 2 juillet 2008
Catch him if you can


Le 28 janvier dernier les journalistes ne s'étaient pas uniquement déplacés à la conférence de presse de la 6e édition de la Nouvelle Star pour boire du champagne et les propos du nouveau jury. Ils étaient aussi venus pour Julien Doré, sa barrette, sa gueule d'ange, ses tatouages, son ukulélé et ses nouvelles chansons. Parce qu'alors en pleine phase d'enregistrement il avait accepté de sortir du studio pour nous livrer 4 extraits de son futur album. J'en avais profité pour lui voler illico presto dix minutes sur son agenda de Ministre afin de faire le topo sur son épopée médiatique.

 




"la Nouvelle Star m'a changé au même titre que les Beaux Arts"


"je n'ai aucun rapport avec M6"

 

 

 

 


 


Regardais-tu la Nouvelle Star avant d'y participer ?
Non, donc malheureusement je ne savais pas trop ce que je pouvais en tirer. J'avais uniquement en tête les castings que je regardais avec mes potes comme si c'était des concours de patinage artistique. En même temps, il y avait un truc touchant qui me plaisait là-dedans. Et je me suis dit que si j'avais la chance de passer à l'image au moment des castings ce serait l'occasion de montrer le nom de mon groupe inscrit sur mon ukulélé. Il se trouve que ma candidature a fait basculer pas mal de choses. Mais franchement, jusqu'à la première émission en direct, je n'ai jamais pris conscience de ce dont il s'agissait.


Si tu participais à l'émission avec la connaissance que tu en as aujourd'hui, te comporterais-tu différemment ?
Non, parce que je m'y suis comporté de manière très naturelle. Je respectais vraiment les gens avec qui je travaillais et je pense avoir essayé de le dire à la fin. C'est hyper important pour moi car c'est vraiment des gens qui m'ont permis de faire la musique que je voulais. C'est-à-dire de chanter les Kinks, de parler de Duchamp. Je n'étais pas contraint, j'ai pu y exprimer des choses. Rien que pour ça c'était super. Car mine de rien c'est quand même l'endroit rêvé pour faire ce genre de choses. Aujourd'hui si devais refaire l'émission je la referais donc de la même façon. Elle m'a changé au même titre que mon expérience des Beaux Arts.


Penses-tu, comme l'a dit Philippe Manœuvre, que ce genre d'émissions tient le rôle dénicheur de talents que les maisons de disques ne tiennent plus ?
Oui, mais ça ne veut pas dire que c'est plus facile pour autant. On le voit très bien. Ça va être la 6e édition de l'émission et - je vais te dire un chiffre au pif - on se souvient à peine de 12 candidats. 12 candidats qui ne vivent pas de ce qui s'est passé.


Mais toi, sans cette émission, tu n'aurais sans doute jamais pu enregistrer un disque.
Je ne sais pas. Parce qu'à ce moment-là, avec mon groupe, on commençait vraiment à percer. Grâce à Myspace des portes s'ouvraient. On est par exemple parti en Belgique faire des premières parties d'un groupe qui s'appelle
Sharko et personne n'est venu me dire : "Ah, c'est le Julien de la Nouvelle Star !". Tout le monde s'en foutait. Après sans cette émission peut-être que je ne serai jamais vraiment sorti du lot. Je ne sais pas. Mais dans cette société qui est la nôtre, je pense que c'est important qu'une émission comme ça existe. Une émission qui respecte ses candidats et leur permet d'être fidèle à eux-mêmes, il n'y en n'a pas 200, il n'y en a qu'une. Et parce que j'ai une certaine éducation, je trouve ça important de dire à certaines personnes que j'ai sincèrement apprécié la qualité de ce programme.


Tu ne t'attendais pas à cette "qualité" ?
Non, j'ai beau savoir que des choses sexy peuvent se faire dans le domaine de la variété, j'ai mis du temps à me sentir totalement à l'aise parce que j'avais peur de la télévision.


A ce stade de l'aventure qu'elle est la nature de tes liens avec M6 ?
Je vais te dire un truc tout simple : je n'ai aucun rapport avec la chaîne. Aujourd'hui les gens qui m'entourent pour l'album viennent du milieu indé. C'est des musiciens que j'écoute et que j'ai contactés moi-même. Mon directeur artistique c'est le mec qui dirigeait les albums de Manu Chao et de Brigitte Fontaine. Aucune major ni quelqu'un de chez M6 n'est venu m'emmerder. Jamais. Si c'était le cas je ne me gênerais pas pour le dire. Mais non, le seul truc que la chaîne me demande c'est de savoir un peu comment se passent les choses, comme ce fut le cas ce soir. Et ça veut dire aussi que quand j'aurai sorti l'album qui me ressemblera j'aurai la chance d'aller chanter mon single sur le plateau de la Nouvelle Star et je serai ravi de le faire comme si on m'invitait à Taratata ou sur la TNT.


(Suite.)


par Sylvain Fesson publié dans : MEDIAlogue
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Mardi 24 juin 2008
La Star Ac' des indés ?






"On n'est pas parisianiste contrairement à ce que beaucoup pensent"


"Initialement on voulait faire CQFD sur Internet"

 

 


Financièrement, vous toucher quelque chose avec l'opération CQFD ?
Non, rien. Ce serait trop facile sinon. Ce serait même scandaleux. Non, ce sont les groupes qui touchent. On essaie de leur trouver le maximum de concerts, du temps de studio, des contacts, on les fait tourner dans le cadre du Festival des Inrocks sponsorisé par Motorola et dans le cadre de nos soirées Inrocks Indie Club sponsorisées par Jack Daniels. Voilà, on essaie de les coacher autant qu'on peut, après il y en a qui ça sert et d'autres qui se débrouillent très bien sans nous. Mais nous on ne touche rien, les groupes nous remboursent juste les droits SDNM qu'on paie à leur place pour pouvoir presser les CD et que personne ne puisse les escroquer. D'ailleurs ces dispositions ont permis à 2-3 groupes de gagner beaucoup d'argent parce que dans les semaines qui ont suivis la sortie de la compile CQFD ils ont été démarché par des boîtes de pub qui voulait leur morceau pour illustrer une pub.


Du coup CQFD vous apporte juste un gain d'image ?
Oui. Comme les deux tiers des groupes choisis pour CQFD sont de province à l'image de notre lectorat, ça rappelle aux gens qu'on est vraiment sur le terrain et qu'on n'est pas du tout parisianiste contrairement à ce que beaucoup pensent. Il y a aussi un peu de cynisme bien entendu, un peu de récupération mais il y a surtout cette excitation de faire partager tous ces démos qu'on recevait et de les aider à grandir. Là les derniers gagnants de CQFD c'est
The Dodoz, un groupe de Toulouse. Ils étaient lycéens à l'époque où on les a choisi et ils ont quand même signé avec Nude, le label anglais qui a découvert Suede.


Depuis juillet 2007 CQFD a muté en reposant dorénavant sur un site communautaire qui ressemble à une sorte de gros Myspace collectiviste. Depuis vous n'élisez plus un gagnant par an mais un tous les trimestres. Pourquoi ?
CQFD, initialement on voulait le faire sur Internet mais c'était très compliqué pour nous parce qu'à l'époque les outils étaient encore durs à manier. Donc voilà dès qu'ils ont été plus accessibles on s'est lancé. Et sur Internet on s'est dit que le concours annuel n'avait plus grand sens parce que c'est un média qui va tellement vite qu'il faut qu'il y ait du changement constant. On a donc adapté le rythme du concours à celui de la blogosphère. Aujourd'hui sur ce site il y a une vie phénoménale : des centaines de groupes s'inscrivent chaque semaine.


Mais vous n'avez pas peur de perdre en qualité en gagnant en quantité ?
Pour l'instant non, on est vraiment très content des gagnants qu'on a et je pense que ça va aller en s'améliorant. J'écoute tout ce qui arrive au fur et à mesure pendant des heures et des heures et je trouve que le niveau ne cesse de monter. Au départ notre inquiétude c'était de penser qu'on allait retrouver chaque année le même stock de 7000 groupes et qu'on serait petit à petit amener à élire celui qui avait fini deuxième tel année, puis celui qui avait fini troisième telle année, etc. Mais ce n'est pas le cas. Par exemple,
Cascadeur qui a remporté le prix CQFD de l'automne 2008 c'est quelqu'un qui est arrivé tout récemment.


En devant un site communautaire, CQFD a changé son processus de vote puisque maintenant, mode participatif du web 2.0 oblige, les internautes sont amenés à voter. Cela n'est-il pas source de filouteries ?
En fait le vote des internautes sert à présélectionner 200 groupes parmi lesquels nous allons ensuite sélectionner le gagnant. On a fonctionné comme ça jusqu'à présent mais le règlement va peut-être évoluer parce qu'on se rend effectivement compte qu'il y a des petits truands qui détournent les votes. Ils créent 20 ou 30 profils avec des faux noms et ils votent les uns pour les autres, ça fausse le jeu et il nous est assez difficile de repérer ces truands. Il nous faut donc mettre en place une espèce de garde-fou à ce stade du concours pour que ce ne soit pas seulement les internautes qui votent mais qu'intervienne aussi un jury de professionnels.


Dans A Nous Paris, Syd Matters a déclaré que CQFD c'était "la Star Ac' des indés". Au-delà du bon mot qu'est-ce que cela t'inspire ?
Ça me fait plutôt marrer. On est fier du coup de pouce qu'on donne aux indés mais c'est vrai qu'on a aussi conscience qu'ensuite ça peut être un fardeau à porter. Il ne faut pas que ce soit le cas. Au journal on a tendance à parler des artistes qu'on a aidé comme des "anciens CQFD" parce qu'on a cette fierté de les avoir pousser sur le devant de la scène...

Et parce que dans votre esprit comme dans l'esprit de beaucoup ils restent et resteront des "enfants des Inrocks"...
Oui mais c'est un peu injuste parce que ce qu'on a fait c'est juste de les mettre un petit peu en avant à un moment ou personne ou presque ne s'intéressait à eux. CQFD aurait un côté Star Ac' si on intervenait sur leur musique comme peuvent le faire des directeurs artistiques mais ce n'est pas le cas. Je n'ai jamais appelé un groupe en leur disant : "On vous sélectionne si vous changez tel truc". Au contraire sur CQFD on a sélectionné des morceaux très mal produits mais qui nous plaisaient. En plus on n'a pas de barrière de style. Le prochain groupe qu'on élira fera peut-être du hip hop martiniquais, qui sait ? A CQFD on est donc plus dans le radio crochet que dans la Star Ac'. On se fiche du potentiel commercial des groupes.


En même temps pour vous c'est mieux qu'ils aient un bon potentiel commercial parce que ça veut dire plus de notoriété pour Les Inrocks.
Il y a des groupes qu'on n'a pas choisis pour CQFD parce qu'ils ne nous plaisaient pas et par la suite ils ont été signés et ils ont très bien réussi. A côté de ça on était les premiers à publier une chanson de
Pauline Croze à une époque où les maisons de disques lui riaient au nez. Elle nous a plu mais jamais je n'aurais cru qu'elle ferait cette carrière. Je suis content pour elle. Par contre quand j'ai reçu Florent Marchet, non seulement il m'a beaucoup plu, mais je me suis dit : "Ce type va être énorme". Bon, il n'est pas encore énorme mais il plait toujours.


Dernière question : que penses-tu de la présence de Philippe Manœuvre dans le jury 2008 de la Nouvelle Star ?
Ah je suis hyper content, ça va être très drôle parce qu'il est très bon dans ce genre d'exercice. C'est quand même un mec qui dégomme des groupes derrière sa machine à écrire depuis plus de 30 ans et là il va avoir la possibilité de le faire en direct, sans aucune retenue, avec des critères d'une mauvaise foi absolue parce qu'il ne les jugera pas sur des critères complètement idiots de technicité. Beaucoup de gens ont dit que cela allait porter atteinte à sa crédibilité. Je ne suis pas d'accord. Je trouve que c'est inespéré pour une émission comme ça d'avoir quelqu'un avec cette verve, cette culture et cet humour. Je pense donc que c'est un excellent choix et je suis impatient de voir ça.


par Sylvain Fesson publié dans : MEDIAlogue
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Lundi 23 juin 2008
La Star Ac' des Indés ?


Ce bon mot est de Syd Matters, le gagnant de la première édition de CQFD (Ceux qu'il faut découvrir), le concours de nouveaux talents lancé en 2003 par Les Inrocks. Maintenant qu'il vole brillamment de ses propres ailes, Syd est un peu salaud de cracher ainsi dans la soupe qui la nourrit. N'empêche, il y a un fond de vérité dans ce qu'il dit. Parce qu'après 5 ans d'existence, à l'heure où chacun à sa page Myspace et où n'importe quel grande marque lance son concours de recrutement de jeunes talents, CQFD a perdu de sa pertinence. Les Inrocks avec. Au début de l'année, pour faire le point là-dessus, je décidais donc d'interviewer son instigateur, Jean-Daniel Beauvallet, directeur adjoint de la rédaction et responsable des pages musiques du célèbre hebdo culturel.

 


"on était de vrais pionniers dans la découverte de musique"


"les maisons de disques, ça ne fait plus rêver les jeunes"

 


 

 




Pourquoi as-tu lancé le concours CQFD ? Dénicher des talents c'est moins le travail d'un magazine que celui des maisons de disques.
C'est venu du constat qu'on recevait de plus en plus de cassettes et qu'elles étaient de plus en plus intéressantes. Miossec a été un élément déclencheur dans CQFD. Il nous avait envoyé sa cassette et on ne pouvait rien faire si ce n'est en parler dans le journal, ce qu'on avait fait à l'époque, bien avant qu'il ne soit signé, en disant que c'est quand même scandaleux que personne ne veuille sortir le disque d'un type si talentueux. Parce qu'à l'époque il s'était fait rembarrer par tout le monde. L'autre élément déclencheur a été une visite chez un directeur artistique. Il avait des piles de cassettes qu'il n'écoutait même pas. Ça m'a choqué. Je lui ai dit : "Mais, attends, il faut quand même les écouter, on ne sait jamais, dans le tas il y a peut-être quelque chose de bien." Il m'a dit : "On n'a jamais rien trouvé de bien dans ce genre de cassettes. Si les mecs ne nous sont pas recommandés, on ne les écoute pas."


A travers ces deux exemples tu as donc diagnostiqué une grosse faille dans le boulot des directeurs artistique ?
Oui, chez eux il y avait une espèce de résignation... Parce qu'on était à une période charnière où les home studio commençaient vraiment à se développer et où on ne pouvait plus du tout croire à cette vérité selon laquelle les choses doivent être faite par les labels. Eux ils étaient encore sur ce vieux schéma en disant : "De toute façon, s'il y a des trucs bien on en entendra parler par les studios, par les salles de concerts." Ils ne se rendaient pas compte qu'ils étaient en train d'être complètement dépassé par l'industrie parallèle des home studios, de l'Internet et des petits réseaux de salles dans lesquels ils n'avaient pas du tout leurs nez.


Cette période marque donc le début de l'effondrement des majors ?
Oui, le simple fait que eux disent : "Ce qui se passe en dehors de ce qu'on connaît déjà ne nous intéresse pas" en disait assez long sur leur durée de vie (rires) ! Et ce qui s'est passé ensuite nous a largement donné raison parce que plein de petits groupes se sont développés sur le net. Je pense à Arcade Fire et Clap Your Hands Say Yeah par exemple. Sans Internet ces groupes n'auraient pas été signés il y a 10 ans.


Quelles étaient les autres motivations qui t'ont poussé à monter CQFD ?
Il y en a eu plein comme, par exemple, l'envie de renforcer le lien avec notre lectorat. Il a toujours été fort, mais par là on voulait créer quelque chose de plus communautaire. C'est d'ailleurs aussi pour cela qu'au milieu des années 90, on avait créé un numéro des lecteurs pendant la période de Noël. On a donc toujours eu la volonté de montrer que certains de nos lecteurs avaient beaucoup plus de talent que nous et que les groupes dont on parlait. Mais la motivation principale restait de donner un coup de pouce à tous ces groupes que je voyais galérer à chaque fois que j'allais en province, tous ces groupes qui me disaient : "De toute façon ça ne sert à rien qu'on envoie nos cassettes, ça n'intéressera personne." Parce que si nous on avait réagit comme ça on n'aurait jamais existé. A départ on se disait la même chose quand on a lancé le journal, mais on s'est finalement rendu compte qu'on intéressait plus que les 15 pèlerins qu'on escomptait.


Si je comprends bien, pour vous CQFD était aussi le moyen de rester compétitif et dans l'air du temps en tissant un lien vers la génération pop qui s'active maintenant surtout sur Internet.
Il y avait peut-être un peu de ça. Parce qu'on voulait vraiment que le journal innove, pour continuer à apporter de l'inédit à ses lecteurs. D'ailleurs au départ en interne, ce projet n'emballait pas tout le monde. Quand j'ai lancé l'idée de faire un CD avec la musique des lecteurs, on m'a dit : "Mais qu'est-ce que tu vas faire si tu reçois 15 démos et qu'en plus aucune n'est bonne ?" Moi j'étais persuadé qu'une centaine de nos lecteurs avait des groupes. J'attendais donc une centaine de démos. Et la première année on en a reçu environ 6000 et ensuite c'est monté à 7000, 8000, etc. On s'est donc rendu compte qu'il y avait une frustration certaine de la part de tous ces petits groupes. Pour la plupart d'entre eux CQFD était quasiment la seule porte de secours parce qu'ils avaient essayé de contacter les maisons de disques mais on ne leur avait même pas répondu. Je pense même que beaucoup d'entre eux n'avaient même pas envoyé leurs démos aux maisons de disques parce que ça ne les faisait même pas rêver et qu'ils faisaient juste de la musique pour s'amuser. Preuve en est que la plupart d'entre eux n'avaient qu'une voire deux chansons. Et nous on les sélectionne sur la foi d'une chanson et non d'un album, on a donc le bon rôle par rapport aux maisons de disques, surtout qu'ensuite ce n'est pas nous qui nous chargeons de sortir leurs albums !


Recevoir 8000 démos chaque année c'est énorme. Vous êtes tombés sur un puits de pétrole !
Oui, parce qu'en plus les premiers artistes CQFD à une époque où Myspace et tous les autres moyens de communication du même genre n'existaient pas encore. Pour le coup on était donc de vrais pionniers dans la découverte pure et dure de musique. A l'époque les grandes marques n'avaient pas encore recyclé la pratique en lançant toutes leurs concours de recrutement de jeunes talents.


De quels types de marques s'agit-il ?
Les providers du net, les opérateurs téléphoniques, tout ceux qui ont un intérêt à s'accaparer du flux de musique. Mais les marques de vêtements s'y sont également mises car elles se sont bien rendues compte que tous ces jeunes groupes de rock ressemblaient un peu à des gravures de mode. Donc voilà tout le monde y est allé de son opération dénicheurs de talents car ça donne une bonne image de marque.


D'ailleurs le 19 janvier dernier j'ai vu que même France 2 s'y mettait. En tombant sur La fête de la chanson française présentée par Daniela Lumbroso j'ai été étonné de voir que cette émission de variété avait elle aussi organisée un concours de nouveaux talents issus de Myspace.
Je n'ai pas cette émission mais ça ne m'étonne pas : tous les gens complètement à la ramasse viennent de découvrir Myspace en 2007 et pour eux c'est l'Eldorado alors que Myspace à mon avis c'est déjà complètement mort à cause de surpopulation. Et puis moi je voudrais surtout que les gens sachent que Myspace appartient à un ennemi absolu de la culture, de l'intelligence et de la France. J'ai supprimé ma page
le jour où Murdoch a racheté Myspace. Mais voilà, ce que jeux dire aussi c'est que chacun fait son concours de dénicheurs de talents mais que certains le font avec plus d'honnêteté que d'autres. Parce que si c'est sympathique de mettre en avant des groupes en mal d'exposition médiatique ça l'est moins de profiter d'eux. Or c'est ce que font les grosses marques. Certaines profitent du fait que ces groupes soient jeunes et inexpérimentés pour leur faire signer des contrats qui les forcent à renoncer à leurs droits.


Ces nouveaux talents n'ont pas l'ascendant dans le rapport de force qui les unit aux marques qui les sollicitent.
Ils devraient pourtant. Et je pense qu'actuellement tout le monde profite de l'énorme flou juridique dont ces opérations sont l'objet. Nous, pour le concours CQFD, on est un des seuls, je pense, à être allé voir la Sacem en leur en disant qu'on voulait leur donner de l'argent (rires) ! Alors pour l'instant notre modèle économique pour CQFD reste un peu anarchique mais il existe et il est renouvelé chaque année.


(Suite et fin.)


par Sylvain Fesson publié dans : MEDIAlogue
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