Jeudi 10 avril 2008
Le B.O. Bizarre





"sortir des soirées rock entre initiés"


"rien à faire de devenir un groupe culte"

 






Vincent McDoom joue dans le spectacle et chante un morceau dans le disque. Comment a-t-il atterri dans le projet ?
C'est un choix de Renaud Cojo. Il voulait vraiment avoir un personnage de la télé réalité parce que le spectacle montre l'enregistrement d'une émission de télé type Ça se discute pour suggérer un parallèle entre les freak shows d'autrefois et la télé réalité d'aujourd'hui. Vincent McDoom est donc un peu notre monstre contemporain, si on peut dire.


C'est un bon atout promo pour le disque et la pièce ?
Pour le disque, je ne sais pas, mais pour le spectacle, oui. Des gens viennent spécialement pour le voir et lui demander des autographes après le spectacle. Les gens viennent le voir comme ils venaient les monstres des baraques de foires et c'est aussi pour ça que Renaud l'a choisi.


Il amène de l'ambiguïté dans le projet parce que sa "monstruosité" n'est pas jouée, il est travesti sur scène comme à la ville mais l'ambiguïté majeure vient surtout du fait qu'il s'est lui-même exhibé en tant que freak dans une émission de télé réalité.
Oui, mais je pense que c'était pareil au 19e siècle parce que certains ne pouvaient faire que ça. Lui voulait être populaire pour montrer sa différence à tout le monde et ouvrir le dialogue. Donc voilà sa démarche peut se comprendre.


Sur le site Gonzaï.com, un internaute a laissé un commentaire à propos de ce morceau en disant "Totalement décadent. A mi-chemin entre un boudoir de fumeur d'opium fin 19e et un film porno suédois fin 70. Argh, je ne veux pas imaginer un film porno avec McDoom !" Les mecs sont perturbés de ressentir une attirance pour l'organe de McDoom !
C'est un peu ça, il a énormément de charme, c'est très troublant. Et puis c'est un mec extra, vachement curieux de tout.


Sur ce disque la seule reprise vient d'un titre à vous, le très disco-pop "Pretty Lads" issu de The Belgian Kick que vous ralentissez à l'extrême pour en faire un trip stellaire orgasmique. Pourquoi cette reprise ?
En fait c'est une version qu'on a faite pour la scène après la sortie de The Belgian Kick. Je tenais absolument à ce qu'elle soit un jour gravée sur disque. Comme Renaud l'aimait beaucoup on s'en est servi pour le spectacle. On la joue en rappel. Les comédiens reviennent danser un slow dessus en contre-jour. C'est assez beau.


Dans le groupe êtes-vous des fans d'opéras pop ?
Non. Moi, je n'en connais pas beaucoup. Par contre je suis super fan de Phantom of the Paradise de Brian de Palma. C'est une merveille cette relecture du mythe de Faust.


Tommy des Who ?
Je l'ai vu sur Arte à Noël, et j'ai été un peu déçu. Le film a mal vieilli. Ça m'a un peu gonflé.


En tous cas je ne crois pas qu'un groupe français se soit déjà risqué à faire un opéra pop.
Il y a Le Soldat Rose en ce moment. Je rigole. En son temps Magma a peut-être des trucs de ce genre, mais je ne pense pas qu'on puisse parler d'opéra pop.


Là, je vois sur une affiche derrière nous : Claire Dit Terzi. Elle n'a pas fait d'opéra pop mais elle a fait un spectacle musique-danse avec Découflé. Katerine en a fait un avec Mathilde Monnier, Laetitia Sheriff aussi avec Hervé Koubi. En marge des concerts classiques des projets plus hybrides se développent.
Oui, et ce que fait par exemple Katerine, j'adore. Katerine, c'est un vieux pote. On a commencé sur le même label en 93, chez les rennais de Rosebud. Quand il sortait Les mariages chinois on sortait There's the rub.


Tiens, mine de rien, Katerine travaille lui aussi sur le thème du monstre.
Complètement ! Et sa métamorphose est énorme, c'est génial. En plus il joue avec les ex-Little Rabbits qui sont aussi des potes à nous. Ce qu'ils ont fait live, j'ai trouvé ça très fort. Katerine c'est vraiment un mec hyper intéressant en France.


Vous, on ne vous avait jamais proposé de travailler sur spectacle extra-musical ?
Non. Mais on aimerait bien faire plus de choses comme ça à l'avenir, histoire de sortir un peu du réseau de salles où on a l'habitude de jouer ainsi que du circuit classique disque-promo-concerts. Là par exemple ce qui est bien avec la pièce c'est qu'on joue devant un public très hétéroclite. Il y a des abonnés, des gens qui viennent pour nous, des gens qui viennent pour McDoom, des gens qui viennent pour Renaud, c'est un grand mélange et c'est bien parce que ça change des soirées indie rock entre initiés et ça permet de faire découvrir notre musique à des gens qui n'auraient jamais entendu parler de nous sans ça.


En marge du spectacle Elephant People, avez-vous prévu des concerts autour de la sortie de ce disque ?
Pour l'instant non. On n'est pas contre c'est juste qu'en ce moment on n'a même pas de tourneur. Et puis ce n'est pas facile pour nous de mettre au point une tournée parce qu'on est tous dispatché aux quatre coins de la France et dans différents projets. Actuellement Etienne (Jaumet, Nda) est par exemple occupé avec Zombie Zombie.


Toi, quels sont tes autres projets ?
A côté de ça je suis graphiste, et je fais un peu de photo et de musique pour moi.


C'est donc toi qui a fait la photo du type qu'on voit en couverture de The Belgian Kick !
Oui. C'est un copain que j'ai pris pour mascotte de tous nos visuels de l'époque.


The Belgian Kick a bénéficié à juste titre d'un bon succès critique. A cette époque j'ai l'impression qu'on a commencé à plus parler de vous dans les journaux.
Oui, mais tant que tu n'as pas le passage radio qui fait le lien ça ne sert malheureusement pas à grand chose. Alors on nous dit toujours après coup que nos disques sont supers et qu'on va devenir un groupe culte mais on n'en a un peu rien à faire de devenir un groupe culte, on aimerait juste que les gens découvrent nos disques quand ils sortent. Tu vois, je viens de lire un article sur Sebastien Tellier dans Les Inrocks où Tellier invite à découvrir Lucio Battisti et son morceau "Ancora Tu". Moi, j'aime bien Tellier mais bon, ce morceau on l'avait déjà repris à l'époque de R/O/C/K/Y. En italien. En 99.


Il a l'avantage d'être plus facilement médiatisable que vous parce qu'il vient de la French Touch, parce qu'il est seul aussi et qu'il a des lunettes et une barbe, un personnage quoi.
Exactement. Alors que nous on ne met personne du groupe en avant. Là encore une fois on ne nous voit pas sur la pochette, elle est toute noire, donc c'est aussi un peu de notre faute ce manque de médiatisation parce qu'on ne joue pas le jeu. Mais bon c'est un truc qu'il faut sentir. Christian n'a pas forcément envie de devenir un personnage public.


Katerine et Tellier, c'est ce qui a fait leur force à un moment : ils ont senti qu'ils pouvaient jouer un personnage qui pouvait parler aux gens.
Voilà, c'est ça, en France il faut être un personnage opulent et truculent comme -M-, Tellier et Katerine. Il faut porter un costume rose, se peindre le corps ou se laisser pousser la barbe et porter des lunettes noires. Nous ce n'est pas notre truc, on est plutôt dans un trip de groupe où chaque membre est une tête chercheuse, comme chez Sonic Youth et le Velvet Underground.


On dirait presque que vous ne voulez pas qu'on sache pas qui est derrière votre musique.
Oui, c'est ça qui intéressant, qu'il n'y ait pas de culte de la personnalité associé à tout ça, comme chez Daft Punk. C'est plus intéressant parce que du coup ça implique une démarche graphique captivante, qui nécessite parfois de faire appel à des artistes contemporains, ce qu'ont fait les Beatles, le Velvet, les Talking Heads, Sonic Youth ou même Ween, un groupe qu'on aime beaucoup. Leurs morceaux sont super, tantôt poignants, tantôt punk rock, mais à chaque fois l'écriture est parfaite et dans chacun de leur disque tu as l'impression qu'il y a toute l'histoire du rock.


Comme dans vos albums.
J'espère.


par Sylvain Fesson publié dans : DISCussion
ajouter un commentaire commentaires (4)    recommander
Mardi 8 avril 2008
Le B.O. Bizarre

En ce moment certains se la pètent en répétant sans cesse qu'ils ont écouté Transformer à 12 ans, qu'ils ne s'en sont jamais remis et que leur premier album en porte grave l'empreinte, même s'ils sont français, et qu'ils chantent en français. (Je pense à Alister, pour ne pas le nommer.) Ceux-là ont le supplément d'âme. Ok. Ils rentrent dans la case rock comme on rentre dans un cuir un peu trop cintré. Ok. Bien. "Vas-y prend une clope maintenant. Oui, porte-la à tes lèvres. Ça y mec, tu ressembles à quelque chose." Clap, clap. Voilà, entre nous soit dit, c'est ridicule. Mesquin. On reste à hauteur d'homme. Le plancher des vaches. Le moulé des hanches. Le rock = mode. Toujours. Parce qu'iconique. Voyez The Kills sur lequel tout le monde s'astique la nouille. The Kills qui fait l'éloge de la noirceur, de Florence Rey, pfff... Alors quand quelqu'un crève le plafond et nous propose la quatrième dimension, yesss... Ce que nous apporte The Married Monk.


The Married Monk est français. The Married Monk est cinq : Christian Quermalet, Philippe Lebruman, Etienne Jaumet, Nicolas Courret. The Married Monk a écouté Transformer, mais ne porte pas le cuir. Non, le cuir The Married Monk le déchire comme Hulk son énième calbute. Sans concession. Parce que ce groupe dévore tout sans se conformer à une quelconque dogme rock. Il le montre dans Elephant People, cinquième album initialement conçu comme la bande-son d'un spectacle. Un spectacle qui parle des figures emblématiques de la monstruosité. Et de monstres, ce disque en est rempli. N'est-ce pas Pulp et Bowie sur "Spiel", Daft et Justice sur "Merrick's Meditations", Lou Reed sur "Brother J", Air et le Floyd sur "Me and Me", Gainsbourg et Jane sur "Double Doom", Lynch sur "Conversation Piece" ? Génial. Une rencontre s'imposait. Elle a lieu dans le 18e arrondissement de Paris le 29 février dernier avec Philippe Lebruman.





"de Kate Bush aux Ramones"


"on ne s'interdit absolument rien"




Bonjour Philippe. Cet album parle de monstres parce qu'à la base il illustre une pièce dont c'est le thème. Mais j'ai l'impression que votre musique a toujours parlé de ça. Elle brasse tellement de monstres musicaux, comme Bowie, Lou Reed et Gainsbourg, et une telle diversité d'influences qu'elle en est monstrueuse.
Il y a de ça, oui, parce que ces artistes que tu cites font partie de nos influences, et qu'on s'intéresse un peu à tout. On écoute autant de la musique classique que du jazz et des génériques télés. C'est d'ailleurs pour ça que qu'on n'a jamais réussi à rentrer dans une case et que les gens ont toujours du mal à nous cerner. En plus, en 15 ans d'existence, plein de personnes sont passées par ce groupe, de Stéphane (Bodin, Nda) de
Prototypes à Fabio (Viscogliosi, Nda), et ça a renforcé le brouillage des pistes car ils y ont aussi amené leur univers. Ça explique pourquoi sur un disque comme R/O/C/K/Y tu retrouves des morceaux en anglais et des morceaux en italien. On a toujours aimé tordre un peu les choses, jouer avec les codes, au niveau du son, des images. Du coup, sur chaque disque on glisse des reprises décalées. Ça va de Kate Bush aux Ramones. C'est peut-être notre côté Beaux Arts qui veut ça, parce qu'on a fait les Beaux Arts !


Christian et toi, vous vous êtes rencontrés dans cette école ?
En fait on vient tous les deux de Cherbourg et, dans une ville où il n'y a pas beaucoup de concerts, deux personnes qui s'intéressent à mort à la musique se rencontrent forcément. On s'est donc rencontré là-bas il y a longtemps. On a joué assez rapidement ensemble dans un premier groupe qui s'appelait Swam Julian Swam. On faisait une noisy pop bizarre. Christian ne chantait pas, il était bassiste. Et quand il s'est mis à écrire des chansons, on a formé The Married Monk. Aujourd'hui on ne se voit plus tellement parce que lui vit à Lyon depuis 2-3 ans. Mais c'est vrai qu'il y a une évidence entre nous, en terme d'esthétique musicale. A une époque où on pouvait se faire taper sur la gueule si on écoutait autre chose que du punk, nous on écoutait autre chose. Avant que je le rencontre, Christian jouait avec un groupe qui s'appelait
Les Tétines Noires (l'ancêtre de LTNO, Nda) et ils avaient mauvaise réputation parce qu'ils affirmaient une différence évidente, en se déguisant, en étant glam, trop bizarre pour l'époque et cette ville. A Cherbourg, ils étaient vus comme le monstre, les mecs sur qui on crache. C'est d'ailleurs un peu pour ça qu'on a créé The Married Monk : pour montrer qu'il y avait autre chose que le rock "rock".


Le thème du monstre était donc déjà latent depuis le début de The Married Monk...
Oui, il était là, c'est clair, même si on a mille autres références, comme un coucher de soleil ou un avion, des choses beaucoup plus romantiques et naïves. C'est le mélange de tout ça qui est intéressant.


Ce disque, on va forcément entendre dire qu'il est "lynchien"...
Pourquoi pas. Ça nous correspond tout à fait. On est friand de ses films. D'ailleurs il a fait Elephant Man. Et la BO de Twin Peaks, cette musique mainstream de piano-bar un peu ringard qui plonge dans le sordide et le terrifiant, c'est passionnant.


A propos de monstruosité, quel a été ton premier contact avec la monstruosité ou l'idée de monstruosité ?
Je ne sais pas. A quel niveau ?


Personnel.
C'est-à-dire ?


Je ne sais pas, par exemple moi quand j'étais gosse j'étais assez fasciné par ce que je trouvais dans Le livre des records...
Ah oui, l'homme le plus grand du monde, ce genre de choses ?


Par exemple.
Oui, je vois. Moi j'ai le souvenir du générique des Dossiers de l'écran. La musique était hyper flippante, ça m'a marqué à donf. Je me rappelle y avoir vu L'homme qui rétrécit, l'histoire d'un mec qui est sur son bateau en week-end avec sa femme et un nuage radioactif lui passe dessus pendant qu'elle est dans la soute. Résultat, au fil des jours il rétrécit de plus en plus et il finit par se battre contre une araignée avec une épingle en guise d'épée. Je ne sais pas si c'est de la monstruosité mais cette histoire du mec réduit à néant m'a vachement marqué car comme je ne comprenais pas tout j'étais happé dans une ambiance de menace. Et ce générique ! Dingue.


D'autres musiques t'ont fait des effets similaires ?
Petit, j'ai été très imprégné par l'univers de Pierre et le loup de Prokofiev. Je me rappelle vaguement de certains films de Kubrick aussi. Et puis dans les années 70 il y avait François de Roubaix. Nous qui sommes des trentenaires bien tassés, on ne peut être que fan. A l'époque il faisait plein de génériques de dessins animés, dont Chapi Chapo, et ça donnait des choses assez audacieuses qu'on n'a plus maintenant. On a été marqué par son utilisation des synthétiseurs.


Quels sont tes albums cultes ?
Il y en a tellement. Ça dépend des époques. Ado, j'écoutais XTC, Talk Talk, David Sylvian. Mais j'aime autant certains morceaux des Eagles que ceux des Throbbing Gristle. Ce qui est bien avec Christian c'est qu'on ne s'interdit absolument rien, on peut trouver une suite d'accord géniale dans Dire Straits comme un son de caisse claire mortel dans Aphex Twin. On n'a aucune barrière. Et ce qui m'agace un peu en France, c'est que les gens raisonnent souvent par cases, genre "Là, j'écoute du post-rock et puis après je n'écouterai que de l'électro". Nous, on aime autant le hard rock qu'Erik Satie ou Ravel. On n'est pas plus branché synthé analogique que triangle ou quatuor à cordes. C'est ça qui nous lie.


Du coup le concept d'opéra pop vous convient parfaitement parce qu'il vous permet de lâcher la bride à la diversité qui vous habite.
Tout à fait, c'est ce qui a intéressé Renaud (Cojo, Nda). Il a senti qu'on pouvait à la fois faire des instrumentaux planants comme des trucs hyper rentre-dedans ou des pop-songs tristes. Et c'est pour ça que ce projet nous intéressait à fond. C'est un peu bateau à dire, mais les seuls qui ont vraiment réussi à faire ça c'est les Beatles. Christian et moi on se retrouve vraiment dans L'album blanc qu'on a d'ailleurs redécouvert aux débuts de The Married Monk. "Ob-La-Di, Ob-La-Da", "Helter Skelter", "Revolution 9", la pochette blanche, génial...


Vous, pour Elephant People, c'est une pochette toute noire !
Voilà, la boucle est bouclée !


(Suite.)

par Sylvain Fesson publié dans : DISCussion
ajouter un commentaire commentaires (1)    recommander
Lundi 7 avril 2008
Space Cow-boy

En 2001, j’habite Montreuil. A la médiathèque je vois un disque avec une pochette bizarre affublée du titre R/O/C/K/Y. J’emprunte, écoute : bizarre la musique, mais (sur)prenante. En 2004, j’ai une copine. Elle a l’opus suivant de ce groupe, les Married Monk. Le disque s’intitule The Belgian Kick et affiche encore une fois une drôle de pochette. J’écoute : toujours cette même musique protéiforme, mais on sent que le groupe a tout de même su mettre un peu d’ordre dans ses idées. Cet album a de la gueule. Ses climats forment un tout, harmonieux mais varié. Je suis séduit. En 2008 par je ne sais quel miracle je reçois leur cinquième album, Elephant People.




Par je ne sais quel miracle parce que je ne l'ai même pas demandé. Ce disque, je ne savais même pas qu'il allait sortir. Mais je l'écoute, volontiers. Le packaging est d'une élégance rare. Deux "M" très Marilyn Manson barrés d'un éclair à la Flash Gordon viennent à peine troubler la surface impeccablement noir d'un boîtier qui a tout d'un monolithique. Le rituel de mise en platine du disque n'en est que plus délicieux. J'écoute. Et là, la claque. La musique n'a rien perdu de sa superbe bizarrerie. Mais elle y a gagné en luxe, calme et volupté. En évidence. En clarté. Le son est sublime. Chaque plage décolle comme un feu d'artifice. Tout s'enchaîne idéalement avec son lot de surprises, d'instrumentaux, de morceaux remuants et de pures lévitations qui me démontent la tête.


"Spiel". Décollage immédiat. A la Pulp "Do You Remember The First Time". Voire Bowie de "Space Oddity". La voix de commandeur dans son cockpit, princier, inquiet. Une ascension insubmersible. Jubilatoire. Mélancolique.


"Merrick's Meditations". Le beat gras des Daft et Justice. La scie musicale. La science compositrice. L'ascension toujours. Et la voix toujours. Grave. Humaine. Robotique. HAL.


"Brother J". Sur ce blues de space cow-boy le spoken-word de Christian Quermalet fait des ravages. Biberonnée aux accents Lou Reediens, sa voix dégage un flegme au charisme foudroyant. Cette voix mâchonnante et envapée, c'est une voix de narrateur en puissance, une voix qui a vécu, dure en affaire, mythologique. La classe.


"Me & Me". Instrumental, léger, parfait. On avance encore vers ailleurs. D'étonnement en étonnement. Surtout que ça s'achève sur un petit déluge de frappes tribales du pus bel effet.


"Clementine's Song". Pop song élégante, distrayante, gracile, ponctuée par un chant de femme qui décalotte gentiment les quartiers à l'heure du thé.


"Double Doom". Une autre voix de femme, d'une élégance terrible, anglophile, celle de Vincent McDoom. Oui, l'animateur télé, le freak de La ferme célébrité. C'est la Jane Birkin du disque. Le morceau Melody Nelson. Sur un plateau d'argent. Sexy. Troublant. Nocturne. Planant. Et ce saxo qui se convulse en arrière fond. Chic et angoissant.


"Conversation Piece". Instrumental d'obédience lynchienne. Ambiance d'hôtel louche aux couloirs déroutants, vacillants. Encore une fois plane l'ombre du thin white duck, celui d' Outside.


"Hail 2 The Hound Man !" Un morceau éméché, kitsch, fou-fou. Les confettis explosent, les serpentins aussi. On danse avec son chien. On danse avec son chat. "La Queuleuleu" version Married Monk.


"Delphine's Angels". Instrumental synthé-folk. C'est simple, pure, cristallin avant de retomber dans les ténèbres, les cerbères et les vers. Les extrêmes qui se rejoignent et s'absorbent en ruban de Möbius.


"Elephant People". A nouveau ce côté Pulp, le planant et rose-bonbon de "Someone Like The Moon". Cette mélodie s'éternise en tourne-boulant sans fin. Divin.


"Pretty Lads (Slow Motion 2007)". Mais où est on ? Où est on ? C'est sublime de psychédélisme léthargique. Un sommet. Céleste. Chaque note étirée comme un orgasme à répétition ralenti X fois. "Everything in its right place".


"Clementine's Word". On n'a pas vu le temps passer et voilà que « les moines mariés » déjà s'envolent. On regarde leur soucoupe volante manger la nuit, s'y confondre, immense, mouvante, dans un ronflement d'orgues cosmiques. On n'est pas triste. On a la tête pleine de rêves prêts à peupler le jour et la nuit.


(Suite.)


par Sylvain Fesson publié dans : DISCussion
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus