9 février. 15h. Ça ne répond pas à la rédaction du Plan B, qui rassemble les plumitifs militants de Fakir et PLPL. On appelle de la part de Technikart à qui on a prévu de vendre l'article et comme ce mag est en super mauvais terme avec PLPL, on tente le coup de fil chez Fakir en espérant tomber sur l’auteur du pamphlet Les petits soldats du journalisme. "Allo. François Ruffin ?""Je fais un journal, ce n'est pas pour qu'on parle de moi"

Allo. François Ruffin ?
C’est lui-même.
Je suis pigiste, j’aurais aimé qu’on parle du Plan B. C’est possible ?
Bah oui mais enfin, comme vous me dites que vous êtes pigiste, je vais vous dire déjà une chose d’entrée c’est que toutes les contributions, enfin aucune contribution ne sera rémunérée.
Je sais. Je ne veux pas vous proposer d’articles. Mais proposer un article sur vous, Le Plan B.
Ah, bof (rire jaune)
Ça ne vous intéresse pas ?
Pas trop, non.
Pourquoi ?
Bah je ne sais pas, moi je fais un journal, ce n’est pas pour qu’on parle de moi, quoi.
Il faut bien que les gens sachent que vous existez. Moi, j’ai appris la sortie du Plan B en fouillant les linéaires de mon kiosquier. Je suis tombé par hasard sur le hors-série de PLPL consacré au manifeste du futur journal.
Vous envisageriez de faire publier cet article dans quel magazine ?
J’en ai parlé au bimestriel Médias (ouhhh ! en se débine, on ment).
Ouais, je crois que ça ne va pas le faire, tu sais. Franchement.
Pourquoi ?
Bah parce que euh on a une position assez radicale.
Ouais, j’ai vu…
Ecoute, ce n’est pas du tout vis-à-vis de toi, c’est… je ne crois pas du tout que Médias publiera sur nous quelque chose de… je suis très sceptique, quoi.
Dans quels médias accepteriez-vous de communiquer ?
Bah euh je ne sais pas moi. Je sais que comme je bosse sur France Inter chez Mermet Daniel Mermet, je vais faire un passage par chez Mermet, quoi. Enfin, peut-être pas moi personnellement d’ailleurs, mais une personne du Plan B, éventuellement, si Daniel Mermet ça lui dit, et puis je crois qu’on en restera là, quoi (rire jaune).
Ça ne vous intéresse de passer par d’autres médias pour éventuellement toucher d’autres personnes qui aimeraient savoir qu’est-ce que Le Plan B et de quoi ça parle ?
Bah, éventuellement des médias militants, puisque c’est quand même un journal qui est un peu militant, euh ou militant du journalisme. Mais pour avoir lu Médias euh… c’est mou, quoi. C’est le moins qu’on puisse dire.
Mais les gens qui lisent des médias qui ne sont pas estampillés "militants" peuvent aussi être intéressés par une autre approche de l’info…
Ouais, ouais, sans doute, mais je te dis, j’ai déjà personnellement un certain nombre d’expériences euh qui ont pu très bien se passer mais euh de toute façon ce n’est pas moi qui prendrait la responsabilité de parler au nom du Plan B aujourd’hui parce que je n’ai pas fait tellement de contribution pour le premier numéro. Je te le dis honnêtement, quoi.
D’accord. Mais Le Plan B, c’est quand même l’association de Fakir et PLPL.
Oui, mais là je sors un bouquin en fait, début mars (Quartier Nord, éditions Fayard).
Sur le journalisme ?
Euh pas vraiment, non. En partie, mais pas vraiment.
Tu peux me dire de quoi ça parle ?
Oui, oui, bien sûr. En fait, c’est un bouquin sur un quartier difficile, notamment. Et sur la manière dont vivent un certain nombre de personnes à l’intérieur de ce quartier.
Un quartier d’où ?
C’est à Amiens, dans la ville, dans la Somme.
C’est donc un livre sous forme de reportage.
Exactement. C’est un récit qui commence par un accident du travail, en enquêtant sur cet accident du travail et en déroulant la pelote, je rencontre un certain nombre d’interlocuteurs qui en matière d’emploi, de logement, euh… de religion aussi, enfin de came, de tout ça, m’apportent des éclairages.
A la base ça devait être un article ?
Ouais, enfin c’est un article de 500 pages (rire moins jaune).
On peut reparler du Plan B deux secondes tout de même ?
Oui, oui.
Je n’ai pas encore fini de le lire que voilà, ô miracle du net et de mon professionnalisme hors pair, vous en êtes déjà informé :
Vous l’aurez compris : 
On a bien fait. C’est pas mal du tout Renaissance. Renaissance ? Oui, c’est le film d’animation française du moment. Vous ne pouvez pas ne pas en avoir entendu parler. A moins de vivre dans un bunker sans télé. La promo du film a été bétonnée. Avec sa typologie évoquant celle de PlayStation, le titre du film annonce d’emblée la couleur : "Bienvenue dans le troisième monde". Le troisième monde en question, c’est Paris. Pas le Paris actuellement en proie aux manifestations anti-CPE, mais un Paris fantasmé 48 ans plus tard. Et en 2054, Paris ce n’est plus VRAIMENT Paris. C’est une mégalopole high-tech et labyrinthique. Un impressionnant corset de ferraille. Sur les bases de l’ancienne capitale de 2006 se sont greffées de nouvelles fondations qui permettent aux riches d’habiter en hauteur, tandis que les plus pauvres habitent en dessous à la merci de la surpopulation et de tout le reste. Le film ne s’attarde pas sur cette dimension sociale. Mais il s’arrête dès les première secondes sur un écran publicitaire qui trône au dessus de tout ça : "Santé, Beauté, Longévité". Avalon vous accompagne tout au long de votre vie", nous promet une femme au débit hypnotique dont la peau rajeunit à vu d’œil. Avalon, c’est une multinationale qui oeuvre dans le secteur des produits cosmétiques. Elle convoite une jeune chercheuse qui vient de mettre au point le protocole de l’immortalité au nom de code Renaissance (oups ! je viens de vous faire économiser 9 € en cinéma en vous en disant trop...). Un flic taciturne et couillu part à la recherche de la jeune femme pour éviter au monde ce funeste destin.
Le scénario tient la route, mais ce n’est pas le point fort du film. Le point fort c’est bien évidemment les images. Les mecs ont bossé dur (8 ans de travail et 14 millions d'euros de budget) et c’est la classe internationale. C’est ultra réaliste et ultra stylisé à la fois. Splendeur du noir et blanc et de l’animation en 3D et Motion Capture. Splendeur "cathédrale" des images sculptées comme des pierre par les contrastes. Tout est magnifié, dessiné au scalpel par les jeux d’ombre d'une lumière qui règne en maître. Tout est volume à l'encre de Chine, architecture bichromique propice à l’affrontement du Bien et du Mal. Cette histoire de machination qui menace le sort de l’humanité est plutôt convenue, mais on est surpris qu’elle prenne place dans Paris. Qu’elle s’incarne dans Paris. Ça, c’est limite une révolution tellement on est habitué à ce que ce genre d’histoires fassent le sel des blockbusters US. On est tellement habitué à leurs stéréotypes, leurs codes et leurs univers qu’on prend ici un malin plaisir à voir notre capitale et ses lieux communs (la Tour Eiffel, le Métropolitain, les Galerie Lafayette, la Fnac – merci le placement produit) être le lieu d’un tel scénario catastrophe. Pour une fois, si je puis dire, ce sont des français qui tiennent le beau rôle de sauveur du monde. Et c’en est presque exotique à voir.
Sans Paris, Renaissance ne serait pas ce qu’il est. Il lui manquerait un personnage. Gothamisé, Blade Runnerisé, mangaïsé, Paris est en effet le personnage central du film. Un personnage-décor que les personnages-protagonistes arpentent en tout sens, ce qui nous vaut des angles de vues originaux et percutants. Dans ce Paris ville du crime, l’apocalypse snow presque en permanence comme pour surligner les ténèbres et adoucir la violence des hommes. Cette neige qui tombe semble citer ces vers de Victor Hugo, dans Les Contemplations : "Nous sommes les flocons de la neige éternelle dans l'éternelle obscurité". Le héros et l’héroïne sont beaux, héroïques et amoureux comme chez Enki Bilal. Si ce n’est qu’on nous épargne son romantisme pro-Baudelairien et son mysticisme fourre-tout. La beauté des images efface presque les quelques failles du scénario, comme elles le font fait de sa convenance. Renaissance ne laisse pas de traces impérissables, mais on passe un bon moment. A sa sortie, on tombe nez à nez avec Sharon Stone qui présente sa nouvelle beauté de quinquagénaire botoxée sur une affiche Dior : "Plus belle aujourd’hui qu’à 20 ans. Avec Capture Totale". L’ironie est mordante.
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