Vendredi 24 mars 2006
Casseurs de presse

9 février. 15h. Ça ne répond pas à la rédaction du Plan B, qui rassemble les plumitifs militants de Fakir et PLPL. On appelle de la part de Technikart à qui on a prévu de vendre l'article et comme ce mag est en super mauvais terme avec PLPL, on tente le coup de fil chez Fakir en espérant tomber sur l’auteur du pamphlet Les petits soldats du journalisme. "Allo. François Ruffin ?"


"Je fais un journal, ce n'est pas pour qu'on parle de moi"


Allo. François Ruffin ?
C’est lui-même.

Je suis pigiste, j’aurais aimé qu’on parle du Plan B. C’est possible ?

Bah oui mais enfin, comme vous me dites que vous êtes pigiste, je vais vous dire déjà une chose d’entrée c’est que toutes les contributions, enfin aucune contribution ne sera rémunérée.

Je sais. Je ne veux pas vous proposer d’articles. Mais proposer un article sur vous, Le Plan B.

Ah, bof (rire jaune)

Ça ne vous intéresse pas ?

Pas trop, non.

Pourquoi ?

Bah je ne sais pas, moi je fais un journal, ce n’est pas pour qu’on parle de moi, quoi.

Il faut bien que les gens sachent que vous existez. Moi, j’ai appris la sortie du Plan B en fouillant les linéaires de mon kiosquier. Je suis tombé par hasard sur le hors-série de PLPL consacré au manifeste du futur journal.

Vous envisageriez de faire publier cet article dans quel magazine ?

J’en ai parlé au bimestriel Médias (ouhhh ! en se débine, on ment).

Ouais, je crois que ça ne va pas le faire, tu sais. Franchement.

Pourquoi ?

Bah parce que euh on a une position assez radicale.

Ouais, j’ai vu…

Ecoute, ce n’est pas du tout vis-à-vis de toi, c’est… je ne crois pas du tout que Médias publiera sur nous quelque chose de… je suis très sceptique, quoi.

Dans quels médias accepteriez-vous de communiquer ?

Bah euh je ne sais pas moi. Je sais que comme je bosse sur France Inter chez Mermet Daniel Mermet, je vais faire un passage par chez Mermet, quoi. Enfin, peut-être pas moi personnellement d’ailleurs, mais une personne du Plan B, éventuellement, si Daniel Mermet ça lui dit, et puis je crois qu’on en restera là, quoi (rire jaune).

Ça ne vous intéresse de passer par d’autres médias pour éventuellement toucher d’autres personnes qui aimeraient savoir qu’est-ce que Le Plan B et de quoi ça parle ?

Bah, éventuellement des médias militants, puisque c’est quand même un journal qui est un peu militant, euh ou militant du journalisme. Mais pour avoir lu Médias euh… c’est mou, quoi. C’est le moins qu’on puisse dire.

Mais les gens qui lisent des médias qui ne sont pas estampillés "militants" peuvent aussi être intéressés par une autre approche de l’info…

Ouais, ouais, sans doute, mais je te dis, j’ai déjà personnellement un certain nombre d’expériences euh qui ont pu très bien se passer mais euh de toute façon ce n’est pas moi qui prendrait la responsabilité de parler au nom du Plan B aujourd’hui parce que je n’ai pas fait tellement de contribution pour le premier numéro. Je te le dis honnêtement, quoi.

D’accord. Mais Le Plan B, c’est quand même l’association de Fakir et PLPL.

Oui, mais là je sors un bouquin en fait, début mars (Quartier Nord, éditions Fayard).

Sur le journalisme ?

Euh pas vraiment, non. En partie, mais pas vraiment.

Tu peux me dire de quoi ça parle ?

Oui, oui, bien sûr. En fait, c’est un bouquin sur un quartier difficile, notamment. Et sur la manière dont vivent un certain nombre de personnes à l’intérieur de ce quartier.

Un quartier d’où ?

C’est à Amiens, dans la ville, dans la Somme.

C’est donc un livre sous forme de reportage.

Exactement. C’est un récit qui commence par un accident du travail, en enquêtant sur cet accident du travail et en déroulant la pelote, je rencontre un certain nombre d’interlocuteurs qui en matière d’emploi, de logement, euh… de religion aussi, enfin de came, de tout ça, m’apportent des éclairages.

A la base ça devait être un article ?

Ouais, enfin c’est un article de 500 pages (rire moins jaune).


On peut reparler du Plan B deux secondes tout de même ?

Oui, oui.

par sylvain Fesson publié dans : MEDIAlogue
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Vendredi 24 mars 2006
Casseurs de presse

Je n’ai pas encore fini de le lire que voilà, ô miracle du net et de mon professionnalisme hors pair, vous en êtes déjà informé : Le Plan B est sorti. Ça y est, ce 10 mars, après trois mois d’attente, après avoir été initialement prévu pour janvier (histoire de nous plomber le moral après les fêtes de fin d’année ?), ce bimestriel "critique des médias et d’enquêtes sociales" est là, tout chaud tiré des presses, son encre prête à salir mes doigts et remuer mes méninges.



Le Plan B
, c’est la fusion à l’échelle nationale de deux journaux alternatifs, satiriques et essentiellement régionaux : PLPL, journal de Marseille "qui mord et fuit", et Fakir, journal d'Amiens "fâché avec tout le monde ou presque" qui existent respectivement depuis cinq et sept ans. Le Plan B, c'est un journal de "combat" et je découvre enfin son sommaire jalousement gardé comme la huitième merveille du monde. (J’ai harcelé en vain par mail toute la sphère alter-médiatique pour en savoir plus sur ce fameux sommaire avant parution.) Au menu de ce numéro 1 : un rappel du manifeste présenté en grande pompe deux mois avant dans un hors série gratuit mais en kiosque de PLPL ; un dossier sur "la question sociale ensevelie sous les faux débats" titrant "Les ouvriers français sont des Arabes comme les autres" ; un article déonçant les journalistes qui au lieu de "dépeindre avec réalisme la vie des gens du peuple (…) ont préféré transformer le "populisme" en injure" ; une cartographie des "problèmes de concentration dans le domaine des médias", qu’ils étiquettent "Parti de la presse et de l’argent" ; une incitation au boycott de Libération "qui ment et licencie" ; la TNT gangrenée par les velléités d’Alain Minc ; "La critique des médias récupérée par les tartuffes" ; Daniel Cohen qui "explique la mondialisation aux enfants" ; les émeutes des banlieues ; le procès de Jacques Séguéla, les journalistes qui se repaissent, et jouissent, de commenter les "friandises savoureuses" que leur livre des "dérégulations libérales", qui se comptent en "avions aplatis", en "pétroliers éventrés"


Le Plan B met la plume dans la plaie
Vous l’aurez compris : Le Plan B met la plume dans la plaie. Tout y est volontiers railleur, acerbe, "sardonique", comme ils disent. C'est bien se dit-on, c'est tellement rare dans la presse actuellement en "vente libre" (goûtez moi cet oxymoron camarades !) cette liberté de ton, ce plaisir d'égratigner jusqu'au sang. Mais d'un autre côté, on hésite. C’est un peu trop saignant se dit-on, trop haineux, sans une once d'optimiste, étouffant, manichéen. Il faut voir comment ça respire la joie de vivre, comment ça fait envie ! La mise en page donne difficilement envie d'aller plus loin que le survol de politesse. Le Plan B est de toute évidence mal dans son époque, ce qu'on comprend fort, mais ce qu'on comprend moins c'est son rapport semble-t-il frustré au journalisme et au pouvoir que son statut implique.

Bref, j’ai payé de ma menue monnaie, 2 € en kiosque, et de ma personne, qui n'est pas des leurs, pour vous en apprendre plus sur ce nouveau journal indépendant qu'un simple inventaire à la Prévert de leurs thèmes de prédilections. J'ai interviewé un des "directeurs" du Plan B (il n'y a pas de patron dans cet avion), le plus "people" d'entre eux : François Ruffin, auteur des Petits soldats du journalisme (CFJ), pamphlet sur ses années au Centre de Formation des Journalistes. Joint par téléphone, il n'a pas souhaité que je publie notre conversation. Qu’il me pardonne. Les gens, j’estime, ont le droit de savoir. Et moi celui de rapporter ce qu'on me dit une fois que je me suis présenté en tant que journaliste.


par sylvain Fesson publié dans : MEDIAlogue
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Lundi 20 mars 2006

Motion capture total


Cinq jours que je suis à Cannes. Hier, Renaissance m’a reconnecté à Paris, mais pas n’importe quel Paris…


On a de quoi s’occuper dans l’appart. Mais bizarreement, on trouve toujours de quoi s’ennuyer. Alors quand on se sent comme enterré vivant dans ce bunker résidentiel et qu’il s’en faudrait de peu pour que des fantômes en profitent pour zoner ici comme le Terby de Lunar Park, on sort. Ça a l’air simple de sortir. Ça ne l’est pas quand le dernier épisode de Friends passe sur AB1. C’était dur d’éteindre la télé et de fermer la porte derrière nous. Surtout qu’aucune rediff du dit épisode n’était prévue (on a vérifié). Mais on est quand même sorti pour voir Renaissance au ciné.


Crème contre l’humanité

On a bien fait. C’est pas mal du tout Renaissance. Renaissance ? Oui, c’est le film d’animation française du moment. Vous ne pouvez pas ne pas en avoir entendu parler. A moins de vivre dans un bunker sans télé. La promo du film a été bétonnée. Avec sa typologie évoquant celle de PlayStation, le titre du film annonce d’emblée la couleur : "Bienvenue dans le troisième monde". Le troisième monde en question, c’est Paris. Pas le Paris actuellement en proie aux manifestations anti-CPE, mais un Paris fantasmé 48 ans plus tard. Et en 2054, Paris ce n’est plus VRAIMENT Paris. C’est une mégalopole high-tech et labyrinthique. Un impressionnant corset de ferraille. Sur les bases de l’ancienne capitale de 2006 se sont greffées de nouvelles fondations qui permettent aux riches d’habiter en hauteur, tandis que les plus pauvres habitent en dessous à la merci de la surpopulation et de tout le reste. Le film ne s’attarde pas sur cette dimension sociale. Mais il s’arrête dès les première secondes sur un écran publicitaire qui trône au dessus de tout ça : "Santé, Beauté, Longévité". Avalon vous accompagne tout au long de votre vie", nous promet une femme au débit hypnotique dont la peau rajeunit à vu d’œil. Avalon, c’est une multinationale qui oeuvre dans le secteur des produits cosmétiques. Elle convoite une jeune chercheuse qui vient de mettre au point le protocole de l’immortalité au nom de code Renaissance (oups ! je viens de vous faire économiser 9 € en cinéma en vous en disant trop...). Un flic taciturne et couillu part à la recherche de la jeune femme pour éviter au monde ce funeste destin.

Ville lumière
Le scénario tient la route, mais ce n’est pas le point fort du film. Le point fort c’est bien évidemment les images. Les mecs ont bossé dur (8 ans de travail et 14 millions d'euros de budget) et c’est la classe internationale. C’est ultra réaliste et ultra stylisé à la fois. Splendeur du noir et blanc et de l’animation en 3D et Motion Capture. Splendeur "cathédrale" des images sculptées comme des pierre par les contrastes. Tout est magnifié, dessiné au scalpel par les jeux d’ombre d'une lumière qui règne en maître. Tout est volume à l'encre de Chine, architecture bichromique propice à l’affrontement du Bien et du Mal. Cette histoire de machination qui menace le sort de l’humanité est plutôt convenue, mais on est surpris qu’elle prenne place dans Paris. Qu’elle s’incarne dans Paris. Ça, c’est limite une révolution tellement on est habitué à ce que ce genre d’histoires fassent le sel des blockbusters US. On est tellement habitué à leurs stéréotypes, leurs codes et leurs univers qu’on prend ici un malin plaisir à voir notre capitale et ses lieux communs (la Tour Eiffel, le Métropolitain, les Galerie Lafayette, la Fnac – merci le placement produit) être le lieu d’un tel scénario catastrophe. Pour une fois, si je puis dire, ce sont des français qui tiennent le beau rôle de sauveur du monde. Et c’en est presque exotique à voir.

Botox Planétaire
Sans Paris, Renaissance ne serait pas ce qu’il est. Il lui manquerait un personnage. Gothamisé, Blade Runnerisé, mangaïsé, Paris est en effet le personnage central du film. Un personnage-décor que les personnages-protagonistes arpentent en tout sens, ce qui nous vaut des angles de vues originaux et percutants. Dans ce Paris ville du crime, l’apocalypse snow presque en permanence comme pour surligner les ténèbres et adoucir la violence des hommes. Cette neige qui tombe semble citer ces vers de Victor Hugo, dans Les Contemplations : "Nous sommes les flocons de la neige éternelle dans l'éternelle obscurité". Le héros et l’héroïne sont beaux, héroïques et amoureux comme chez Enki Bilal. Si ce n’est qu’on nous épargne son romantisme pro-Baudelairien et son mysticisme fourre-tout. La beauté des images efface presque les quelques failles du scénario, comme elles le font fait de sa convenance. Renaissance ne laisse pas de traces impérissables, mais on passe un bon moment. A sa sortie, on tombe nez à nez avec Sharon Stone qui présente sa nouvelle beauté de quinquagénaire botoxée sur une affiche Dior : "Plus belle aujourd’hui qu’à 20 ans. Avec Capture Totale". L’ironie est mordante.


par sylvain Fesson publié dans : divers
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