Lundi 21 avril 2008
Métaphysique des teubs






"je préférerais être rock-star qu'harder"

"oublier le côté porno comme dans
L'empire des sens"





Dans ton court-métrage Autobiographie, tu montres une affiche de tes débuts en tant que Condom Man. C’est comme ça que tu as commencé dans le X ?

Ça c’est le film le plus lamentable que j’ai fait. Je me pointais en tenue de super héro et c’est une des rares fois dans ma vie où j’ai eu une panne sur un tournage. J’étais en cape avec la bite molle. Donc autant te dire que si ça avait été mes débuts tu ne m’aurais jamais revu dans un deuxième film. Donc non ce n’était pas mes débuts. Ce film c’était une mauvaise idée parce que dans un film porno tu peux faire marrer les gens avant ou après l’acte mais surtout pas pendant car le mec ou la femme qui achètent ton film veut quand même pouvoir se masturber. Dans Condom Man, on a merdé à ce niveau-là. Mais j’aime bien c
e film parce qu’il est plus lamentable que ce que beaucoup de gens ne pourront jamais faire dans leur vie et quand tu atteins ce degré de lamentable ça en devient bon. En plus ce n’était pas voulu. Il y avait un peu d’insouciance.

Quels sont donc tes premiers pas dans le porno et pourquoi as-tu souhaité faire ça ? Est-ce liée à une rencontre ?

Oui, une rencontre avec mon sexe. Ado, j’étais timide, personne ne voulait de moi et comme j’arrivais à avoir de bonnes érections, je suis devenu gigolo. Je me faisais masturber par des vieux garçons-coiffeurs et la pseudo-tendresse qu’ils me donnaient me réconfortait parce que je ne l’avais pas auprès des femmes. Après je suis devenu acteur porno et ça a comblé tous mes souhaits. Parce que tu
as beau être timide, ne pas avoir un physique de play-boy ni une grande gueule, si tu as un sexe qui se durcit sur commande tu peux devenir acteur porno, c’est-à-dire te faire plein de nanas et être en plus payé pour le faire. Je voulais donc faire ça comme un enfant veut faire cosmonaute.

Cosmonaute ???

Oui, à la bas
e je voulais être cosmonaute mais pas pour aller sur la lune, pour le retour, parce qu’une foisce qu’on en fait. Pour eux on peut dire qu’on est des icônes parce qu’ils voient en nous le côté étalon, mais on joue tellement mal qu’on est plutôt tragi-comique. Et puis on est sexuellement performants devant une caméra, mais dans la vie privée c’est autre chose. Après c’est sûr qu’acteur porno fait plus rêver que la plupart des autres métiers. Mais quand tu es intelligent, tu préfères être rock-star que harder. Parce que dans le traditionnel les filles sont encore plus jolies que dans le porno. Franchement quand on voit la tête de nos actrices françaises, on ne peut pas dire qu’on soit vraiment gâté. Moi les 3/4 des scènes que je fais c’est avec des nanas dont on dit qu’elles ont des physiques disgracieux. Donc attention, mon métier n’est pas qu’un rêve. Les kilos superflus, je connais. C’est d’ailleurs pour ça qu’on va tourner à Prague. Donc voilà moi à choisir je préférais être rock-star que harder. Je fais ça faute de mieux. Parce que si j’étais rock-star j’aurais plus naturellement accès aux femmes, et à des femmes plus séduisantes.

Quelle réaction ont les gens quand ils te reconnaissent dans la vie de tous les jours ?

Ça les fait plutôt marrer de me voir parce qu’ils m’imaginent déshabillé. Si je prends une douche au Gymnase Club, ils se demandent si je ne suis pas en train de tourner un film porno.

A un moment dans le DVD tu parles de ce qui t’a poussé à devenir harder et tu dis que tes deux communions ont joué un rôle…

Oui, c’est-à-dire que petit je me suis tourné vers Jésus pour avoir des cadeaux et qu’on me laisse tranquille à faire du vélo. Et c’est sûr que pour un petit être très porté sur le sexe comme moi, être obligé de se trimballer en blouse blanche avec une croix, ça m’a marqué. Aujourd’hui je suis peut-être séduit par cl côté virginal que j’avais sur ces photos, quelque chose qui est maintenant loin de moi. Il y a un chemin parcouru.

La religion était très présente dans ta famille ?
Oui, j’ai été obligé de me tourner vers Jésus, je ne l’aurais pas fait moi-même. Je n’ai pas rencontré le diable en chemin, j’ai toujours eu une certaine part de noirceur et de sexualité.

Tu t’en es très tôt rendu compte ?

Oui, parce que petit quand je n’arrivais pas à éjaculer je me retenais de faire pipi et je me frottais le zizi sur des barres en fer. Ça me procurait une sensation érotique. Je suis quelqu’un d’assez solitaire donc je me suis tourné très tôt vers moi-même.

Hervé Pierre Gustave, ça sonne bourge. Tu es issu d’une famille bourgeoise ?

Pierre Gustave c’est le nom qu’on donnait aux esclaves affranchis, donc ce n’est pas un nom qui a des origines bourgeoises. Je suis plutôt issu d’une famille d’ouvriers aisés, j’habitais une maison à Noisy-le-Grand, une banlieue correcte près des bois. Je n’ai donc pas été élevé dans une banlieue dure genre HLM, j’ai été élevé avec de l’amour, une tendresse retenue, mais je n’ai jamais été battu. J’ai eu une enfance heureuse, solitaire mais heureuse.

Penses-tu que ton éducation religieuse joue un rôle dans ton "métier" de harder ?

Mon éducation religieuse n’a jamais interféré dans ma trajectoire parce que je n’en avais strictement rien à foutre. Je veux dire, je n’ai baigné dans une ferveur religieuse, ce n’est pas par révolte contre Jésus que je suis devenu acteur porno ! C’est plutôt la solitude dans laquelle je m’étais enfermé qui m’a poussé à me recentrer sur mon sexe.

Pourtant je trouve qu’il y a quelque chose de très christique dans la manière dont tu abordes ton « rôle » de harder parce que tu te donnes beaucoup au public…
Je te remercie. Euh… Fais gaffe tu vas t’attirer la foudre des organisations chrétiennes.

A un moment dans le court-métrage Mon vit, mes œuvres tu dis à une amie : "Moi je ne fais pas l’amour aux femmes, je fais l’amour au public." Faire l’amour au public c’est assez christique. Comme de dire : "C’est dans la plantade que je m’exprime."

Euh… Je ne sais pas quoi te répondre là. Ce n’est pas mon ambition mais peut-être qu’inconsciemment j’épouse une démarche christique en donnant mon sexe à autant de femmes…

A autant de spectateurs.
Oui, mais comme je suis assez égocentrique je ne pense pas beaucoup au public, surtout quand je suis en train de transpirer à faire une scène avec une nana qui me plait plus ou moins. Je pense plus à mon érection qu’à mon public. Je pense à ne pas passer pour un con auprès de mon public. Mais dire que je suis payé pour faire l’amour à une jeune femme et qu’en fait je me donne à mon public comme Patrick Bruel se donne à son public quand il chante au piano c’est peut-être porter le métier de harder un peu trop haut…

Oui mais dans tes propres films tu portes le métier de harder un peu plus haut…

Dans mes courts-métrages ?

Oui, là je pense plus à ton travail d’auteur.

Ok, oublions mon boulot de harder. Là mon but c’est de m’exprimer avec sincérité ou si je suis dans le calcul de faire en sorte que le spectateur comprenne que ce que je fais est calculé et que j’ai donc peur de me montrer. Parce que chercher à maîtriser son image et avoir peur de passer pour un con, je ne trouve pas ça bon du tout.

Dans tes courts-métrages, on a d’ailleurs parfois l’impression que tu fais tout ton possible pour avoir l’air con, que quelque part tu fais l’éloge de la connerie.

Je ne dirais pas ça, parce que la connerie ne m’intéresse pas. La connerie c’est la bêtise et la bêtise entraîne le racisme, des choses comme ça, donc ça ne m’intéresse pas.

Mais il peut y avoir une bonne bêtise parce que faire l’idiot ça fait du bien.

Oui, mais moi ce que je recherche avant tout c’est l’insouciance des enfants. Et que ce soit cette insouciance qui provoque la connerie, non pas une bêtise travaillée. Cette insouciance doit rendre la personne touchante par ses travers.

Dans tes courts-métrages, on voit que les gens disent souvent de toi : "Il est chiant mais qu’est-ce qu’il est touchant." D’ailleurs, globalement, on voit que les gens, qu’ils soient tes amis ou des acteurs, acceptent assez facilement de se faire filmer, ils partent facilement dans tes délires, malgré ta folie et ton égocentrisme. Comment expliques-tu ça ?

Sincérité, ça va être le mot du jour. Mais voilà à partir du moment où tu es sincère ça ne peut qu’entraîner une certaine forme d’adhésion. On n’est pas forcément d’accord avec ton message, ton scénario, ou ta façon de dialoguer avec les autres, mais au moins on t’accorde l’indulgence d’être mue par une certaine forme d’insouciance et de sincérité. C’est-à-dire que tu n’es pas dans calcul destiné à te glorifier. Ou alors tu es quelqu’un qui veut faire de lui une statue mais qui s’y prend mal et tombe en montant sur son socle. En plus parfois je peux être méchant avec les gens parce que j’ai une part de méchanceté que j’assume. Moi je ne fais pas un court-métrage en me faisant passer pour un mec bien. Mais voilà je montre également que tu récoltes ce que tu sèmes.

L’effet pervers lorsque tu embarques les gens dans ton univers c’est qu’ils ne savent plus très bien où se situe la frontière entre la fiction et le réel…

Parce que je suis un manipulateur, je manipule les gens. Mais je le montre et je ne tiens pas à ce que la fin soit moraliste, c’est comme ça.

Mais finalement les gens ne rentrent-ils pas ton jeu parce qu’au-delà de te trouver pathétique il te trouve monstrueux, fascinant et qu’ils consomment en toi ce monstre qu’ils ne se permettent pas d’être ?

Bien sûr, je sers parfois d’exemple. Comme je assez loin dans l’excès, une mère va pouvoir dire à son fils : "Ne deviens pas comme lui, il fait des bêtises." Mais je sers aussi à ça.

Mais là tu sers de contre-exemple. Ce que je veux dire c’est que des gens peuvent t’envier pour ce que tu te permets de faire et d’être.

Oui, je prends une certaine forme de liberté que les autres peuvent envier, et j’espère parce que ça sert à ça le cinéma : faire des choses qu’on ne se permettrait pas de faire dans la réalité. Sauf que moi, au bout d’un moment, je les fais aussi dans la réalité. Ces courts-métrages montrent quelqu’un qui certes a une libido qu’on peut qualifier de forcenée et il y a quelques scènes de nudité sexuellement explicites, mais ça ne traite pas de pornographie, ça traite plutôt de la vie d’un homme. Ou de celle des autres.

Dans ce DVD on se rend compte qu’au quotidien tu te trimballes tout le temps avec ta caméra. Et au bout d’un moment il en va de ta caméra comme de ton sexe : à tellement la voir on ne la voit plus.

Oui, j’ai un objectif qui fait corps avec mon corps. En fait, je provoque certaines scènes par la nudité, souvent la mienne, parfois celle des autres, et le but du jeu c’est qu’on en vienne à oublier le côté pornographique, comme dans L’empire des sens. Dans ce film, chaque scène s’ouvre sur un motif sexuel, mais après ça part ailleurs et tu oublies totalement que les gens sont nus. Pour moi ce film est un chef d’œuvre tout genre confondu. J’aimerais réussir à faire ça.


(Suite et fin.)

par Sylvain Fesson publié dans : IDEEcryptage
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Jeudi 17 avril 2008
Métaphysique des teubs

Il y a un côté Godard chez HPG. Un côté Van Damme. Un côté Costes même. Une dimension bigger than life mêlant portée philo et déluge d’absurde que l’acteur porno mégalo exorcise depuis près de 15 ans en réalisant ses propres films. Caméra subjective et bite dressée en mains, il s’y mon(s)tre auscultant le réel jusqu’à l’os, accouchant parfois de vrais morceaux de poésie. On voit tout ça dans les 10 courts-métrages que regroupe HPG, Mon vit, mes œuvres, double DVD sorti en mars aux éditions Les Films de l’Ange. Sur ce, Mireille Dumas dans l’âme, je suis allé confesser la bête.



"J’accepte ma part de monstruosité"

"Pour assurer il ne faut pas avoir peur de passer pour un con"






Bonjour Hervé. Je suis là pour faire une interview définitive de toi.

Définitive…

La totale. Comme si c’était la dernière.

Ok. Mais la réponse, il faut que je te la fasse courte, carrée ? Que je reprenne ta question ?

Non, on discute. Tu me réponds comme tu le sens.

Ok.

Je dis "définitif" parce que tu sors un DVD qui retrace en 10 courts-métrages une grande période de ta vie. Pour certains tous ces faits d’armes font aujourd’hui de toi une icône comme le dit Télérama cité en ces termes sur la pochette de l’objet. Que ce journal te reconnaisse le statut d’icône ça ne te fait pas bizarre ? Ça veut dire que tu es arrivé au bout d’un truc, non ?

Tu fais cette interview pour une rubrique qui s’appelle "définitive" ?

Non, il n’y a pas de rubrique précise, c’est une interview "classique", si je puis dire.

Ok. Alors, est-ce que je suis arrivé au bout de quelque chose ? En tout cas j’aimerais que ma vie change par rapport à ce qui en est montré dans ce DVD. Parce que là-dedans je prends pas mal de drogues et d’alcool comme le montre notamment les 52 minutes de Mon vit, mes œuvres qui est une compilation de certains états paroxystiques que j’ai pu avoir durant une année. Mais c’est une compilation. Des fois des mecs s’amènent chez moi avec une bouteille croyant que je vais boire comme dans mes films mais non, je ne bois que le week-end, comme les beaufs, et ce n’est pas par plaisir, c’est pour lutter contre ma timidité. J’aimerais arrêter d’être dépendant de ça pour communiquer avec les autres. Alors actuellement je travaille sur moi pour y mettre un terme. Donc oui, on peut parler de quelque chose de définitif dans le sens où je n’ai pas envie de m’améliorer ni de devenir moins con mais de faire des conneries d’une manière différente.

Ton but, ça reste de faire des conneries ?

Des conneries non, c’est juste que j’ai une part de monstruosité ou de sauvagerie que j’accepte, qui fait de moi ce que je suis et que j’ai envie de garder. Parce que sinon après je vais faire quoi : des films sur les bons sentiments avec des fins heureuses ? Je vais donner des conseils aux autres ? J’ai déjà tellement de mal à me conseiller moi-même. Les films plein de bons sentiments, je laisse ça aux autres.

En même temps, attention, les extrêmes se rejoignent…

Oui, mais je peux aussi être con sans me droguer.

Ça te fait quoi d’être perçu comme une icône ?

Ça c’est quelqu’un de Télérama qui le dit parce que peut-être qu’on a couché ensemble, je ne sais pas. Ou peut-être que si on avait couché ensemble il ou elle dirait justement tout le contraire. Ce n’est pas parce que quelqu’un dit ça que je suis une icône. Si tu me demandes de réagir par rapport à un compliment qu’on m’a fait je peux être intarissable parce que je m’aime déjà beaucoup et j’aime qu’on me flatte. Aujourd’hui je vais donc m’abstenir de tout commentaire par rapport à une flatterie. Je laisse à cette personne le soin de ses propos.

Concrètement, les courts-métrages rassemblés dans ce DVD couvrent combien d’années de ta vie ?
15, je crois. Parce que pour le premier court-métrage que j’ai fait, j’avais encore le tour du sexe poilu et des cheveux, donc ça fait un sacré bout de temps. Aujourd’hui j’ai 41 ans.

Ton premier court-métrage c’est Acteur X pour vous servir. Il paraît que tu dis que c’est le court-métrage qui t’a fait sortir du X.
Oui et non parce que je ne fais pas le distinguo entre film X et film traditionnel dans la mesure où une merde dans le X et une merde dans le traditionnel ont les mêmes défauts scénaristiques. Ce qui les différencie c’est juste que l’acte sexuel est explicite dans l’un et pas dans l’autre, même si maintenant les réalisateurs du traditionnel sont fascinés par cette sexualité frontale et essaient d’en mettre dans leurs films. Mais voilà, il y a autant de cons dans le cinéma porno que dans le cinéma traditionnel. Avant j’étais dur à l’encontre du milieu du X, mais maintenant que j’ai un pied dans les deux univers, je trouve ces gens plus touchant que ceux du traditionnel parce qu’ils ont au moins la décence de ne pas avoir pris de cours de théâtre pour mal jouer. Et puis en général, ils ont quand même beaucoup d’humanité. Les acteurs pornos c’est des gens assez spéciaux que j’aime bien. Pour moi ils sont une plus grande source d’inspiration scénaristique que les abrutis dopés au cours Florent.

Tu parles précisément de ça dans le court-métrage Hypergolique.

Oui mais je n’ai rien contre ceux qui prennent des cours de théâtre. En prendre ou ne pas en prendre, là n’est pas la question, le tout c’est de bien jouer. D’ailleurs à un moment il vaut mieux prendre des cours, parce que déjà ça aide pour apprendre à gérer sa mémoire, donc voilà je vais sans doute m’y mettre, mais ce n’est pas ça qui fait un bon comédien.

C’est le vécu ?
Non, ce n’est pas forcément le vécu, tu peux n’avoir rien vécu mais te jeter avec une grande insouciance et une grande sincérité devant une caméra et ça fera de toi quelqu’un de bon si le metteur en scène sait t’accueillir et mettre en valeur ton vécu ou ton innocence. Mais heureusement que ce n’est pas forcément une question de vécu… En général ceux qui jouent le mieux ce sont les enfants entre 2 et 12 ans. Leur qualité d’interprétation est excellente. Quand tu es comédien tu as donc intérêt à ne pas trop te flatter parce que voilà ce que tu fais un enfant peut le faire. Pour assurer il te faut donc soit retrouver son insouciance soit ne pas avoir peur de passer pour un con. Ça, c’est très important.

Avec tes courts-métrages, tu ne cherches donc pas à sortir du X ?

Non, même quand j’ai fait mon premier long-métrage On ne devrait pas exister ce n’était pas pour me sortir du X, parce que je ne réfléchis pas en terme de ghetto mais en terme de qualité et de sincérité. Alors maintenant comme j’ai fait ce film les gens s’évertuent à me dire que je devrais m’en sortir comme si c’était misérable ou indécent d’être dans le X, mais non.

Mais si tu t’es mis à faire tes propres films j’imagine que c’est pour apporter une qualité et une sincérité que tu ne trouvais pas dans les films porno où tu étais simplement acteur.

Non ce n’est pas ça. Je trouve mon compte dans plein de films X et traditionnels. C’est juste qu’à partir d’un certain âge tu as besoin que l’acte créatif vienne de toi et moi voilà, j’avais envie de personnaliser des envies.

Envies que tu avais depuis longtemps ?

Euh… j’aimerais bien te la jouer acteur maudit en te disant que ça fait longtemps que j’ai envie de passer certains messages mais non, parce que je suis d’assez instinctif, je le suis d’ailleurs de moins en moins donc il faut que je fasse attention, mais voilà je n’ai jamais eu de plans prémédités. Là, je suis en train de faire un deuxième long-métrage donc c’est prémédité parce que ça dure des années et qu’il y a du budget, mais sinon non ce n’est pas forcément des envies qui me tiennent à cœur depuis longtemps. Mais attention, là je te la joue humble parce que quelqu’un me regarde. Une jeune femme que j’aime beaucoup. Et je te dis ça parce que pour moi qu’elle soit là a une incidence sur moi. D’ailleurs, si je faisais un film, je me servirais de l’incidence qu’a cette jeune femme sur mon discours. Peut-être qu’à un moment, je vais peut-être dire un truc qui va la faire gueuler et je vais être obligé de lui demander de se taire parce que c’est mon interview, pas la sienne. Voilà le genre de situations sur lesquelles j’aime travailler. J’aimerais qu’elle ne soit pas là, mais le fait qu’elle soit là va sans doute m’apporter plus que si elle n’était pas là et il faut que j’essaie de trouver pourquoi. Et à partir du moment où je trouve pourquoi, si je fais preuve de créativité et si j’ai su l’insérer dans notre discussion alors la discussion sera mieux que si elle ne s’était déroulée qu’entre toi et moi.

Ce qui t’intéresse le plus c’est ce qui se passe dans les coulisses…

Oui, parce que par exemple les coulisses de cette interview sont intéressantes : je réponds à tes questions en me servant de ton corps pour ne pas voir Gwen (sa nouvelle compagne, Nda). Si elle n’avait pas été là j’aurais pu me vanter de mes prouesses sexuelles lors de certaines questions que tu m’as posées, si tu avais été une belle nana je me serais même arrangé pour qu’elle ne soit pas là, mais comme elle est là je vais devoir essayer d’être un peu plus intelligent. Mais ça va être dur. Biaiser avec elle, c’est dur. Mais voilà comment je fonctionne et c’est ça que tu dois dire de moi parce que ce que je viens de te dire répond sans doute à pas mal de questions que les gens se posent ou ne se posent pas à mon sujet. Mais je ne sais pas si tu as compris ce que je viens de dire. Moi c’est l’incidence extérieure qui m’intéresse, tout ce qui fait que rien ne se passe jamais comme prévu. C’est pour ça que j’aime le cinéma, parce que tu as toujours des problèmes qui t’obligent à modifier ta scène. Tu es toujours rattrapé par la réalité.

(Suite.)

par Sylvain Fesson publié dans : IDEEcryptage
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Jeudi 10 avril 2008
Le B.O. Bizarre





"sortir des soirées rock entre initiés"


"rien à faire de devenir un groupe culte"

 






Vincent McDoom joue dans le spectacle et chante un morceau dans le disque. Comment a-t-il atterri dans le projet ?
C'est un choix de Renaud Cojo. Il voulait vraiment avoir un personnage de la télé réalité parce que le spectacle montre l'enregistrement d'une émission de télé type Ça se discute pour suggérer un parallèle entre les freak shows d'autrefois et la télé réalité d'aujourd'hui. Vincent McDoom est donc un peu notre monstre contemporain, si on peut dire.


C'est un bon atout promo pour le disque et la pièce ?
Pour le disque, je ne sais pas, mais pour le spectacle, oui. Des gens viennent spécialement pour le voir et lui demander des autographes après le spectacle. Les gens viennent le voir comme ils venaient les monstres des baraques de foires et c'est aussi pour ça que Renaud l'a choisi.


Il amène de l'ambiguïté dans le projet parce que sa "monstruosité" n'est pas jouée, il est travesti sur scène comme à la ville mais l'ambiguïté majeure vient surtout du fait qu'il s'est lui-même exhibé en tant que freak dans une émission de télé réalité.
Oui, mais je pense que c'était pareil au 19e siècle parce que certains ne pouvaient faire que ça. Lui voulait être populaire pour montrer sa différence à tout le monde et ouvrir le dialogue. Donc voilà sa démarche peut se comprendre.


Sur le site Gonzaï.com, un internaute a laissé un commentaire à propos de ce morceau en disant "Totalement décadent. A mi-chemin entre un boudoir de fumeur d'opium fin 19e et un film porno suédois fin 70. Argh, je ne veux pas imaginer un film porno avec McDoom !" Les mecs sont perturbés de ressentir une attirance pour l'organe de McDoom !
C'est un peu ça, il a énormément de charme, c'est très troublant. Et puis c'est un mec extra, vachement curieux de tout.


Sur ce disque la seule reprise vient d'un titre à vous, le très disco-pop "Pretty Lads" issu de The Belgian Kick que vous ralentissez à l'extrême pour en faire un trip stellaire orgasmique. Pourquoi cette reprise ?
En fait c'est une version qu'on a faite pour la scène après la sortie de The Belgian Kick. Je tenais absolument à ce qu'elle soit un jour gravée sur disque. Comme Renaud l'aimait beaucoup on s'en est servi pour le spectacle. On la joue en rappel. Les comédiens reviennent danser un slow dessus en contre-jour. C'est assez beau.


Dans le groupe êtes-vous des fans d'opéras pop ?
Non. Moi, je n'en connais pas beaucoup. Par contre je suis super fan de Phantom of the Paradise de Brian de Palma. C'est une merveille cette relecture du mythe de Faust.


Tommy des Who ?
Je l'ai vu sur Arte à Noël, et j'ai été un peu déçu. Le film a mal vieilli. Ça m'a un peu gonflé.


En tous cas je ne crois pas qu'un groupe français se soit déjà risqué à faire un opéra pop.
Il y a Le Soldat Rose en ce moment. Je rigole. En son temps Magma a peut-être des trucs de ce genre, mais je ne pense pas qu'on puisse parler d'opéra pop.


Là, je vois sur une affiche derrière nous : Claire Dit Terzi. Elle n'a pas fait d'opéra pop mais elle a fait un spectacle musique-danse avec Découflé. Katerine en a fait un avec Mathilde Monnier, Laetitia Sheriff aussi avec Hervé Koubi. En marge des concerts classiques des projets plus hybrides se développent.
Oui, et ce que fait par exemple Katerine, j'adore. Katerine, c'est un vieux pote. On a commencé sur le même label en 93, chez les rennais de Rosebud. Quand il sortait Les mariages chinois on sortait There's the rub.


Tiens, mine de rien, Katerine travaille lui aussi sur le thème du monstre.
Complètement ! Et sa métamorphose est énorme, c'est génial. En plus il joue avec les ex-Little Rabbits qui sont aussi des potes à nous. Ce qu'ils ont fait live, j'ai trouvé ça très fort. Katerine c'est vraiment un mec hyper intéressant en France.


Vous, on ne vous avait jamais proposé de travailler sur spectacle extra-musical ?
Non. Mais on aimerait bien faire plus de choses comme ça à l'avenir, histoire de sortir un peu du réseau de salles où on a l'habitude de jouer ainsi que du circuit classique disque-promo-concerts. Là par exemple ce qui est bien avec la pièce c'est qu'on joue devant un public très hétéroclite. Il y a des abonnés, des gens qui viennent pour nous, des gens qui viennent pour McDoom, des gens qui viennent pour Renaud, c'est un grand mélange et c'est bien parce que ça change des soirées indie rock entre initiés et ça permet de faire découvrir notre musique à des gens qui n'auraient jamais entendu parler de nous sans ça.


En marge du spectacle Elephant People, avez-vous prévu des concerts autour de la sortie de ce disque ?
Pour l'instant non. On n'est pas contre c'est juste qu'en ce moment on n'a même pas de tourneur. Et puis ce n'est pas facile pour nous de mettre au point une tournée parce qu'on est tous dispatché aux quatre coins de la France et dans différents projets. Actuellement Etienne (Jaumet, Nda) est par exemple occupé avec Zombie Zombie.


Toi, quels sont tes autres projets ?
A côté de ça je suis graphiste, et je fais un peu de photo et de musique pour moi.


C'est donc toi qui a fait la photo du type qu'on voit en couverture de The Belgian Kick !
Oui. C'est un copain que j'ai pris pour mascotte de tous nos visuels de l'époque.


The Belgian Kick a bénéficié à juste titre d'un bon succès critique. A cette époque j'ai l'impression qu'on a commencé à plus parler de vous dans les journaux.
Oui, mais tant que tu n'as pas le passage radio qui fait le lien ça ne sert malheureusement pas à grand chose. Alors on nous dit toujours après coup que nos disques sont supers et qu'on va devenir un groupe culte mais on n'en a un peu rien à faire de devenir un groupe culte, on aimerait juste que les gens découvrent nos disques quand ils sortent. Tu vois, je viens de lire un article sur Sebastien Tellier dans Les Inrocks où Tellier invite à découvrir Lucio Battisti et son morceau "Ancora Tu". Moi, j'aime bien Tellier mais bon, ce morceau on l'avait déjà repris à l'époque de R/O/C/K/Y. En italien. En 99.


Il a l'avantage d'être plus facilement médiatisable que vous parce qu'il vient de la French Touch, parce qu'il est seul aussi et qu'il a des lunettes et une barbe, un personnage quoi.
Exactement. Alors que nous on ne met personne du groupe en avant. Là encore une fois on ne nous voit pas sur la pochette, elle est toute noire, donc c'est aussi un peu de notre faute ce manque de médiatisation parce qu'on ne joue pas le jeu. Mais bon c'est un truc qu'il faut sentir. Christian n'a pas forcément envie de devenir un personnage public.


Katerine et Tellier, c'est ce qui a fait leur force à un moment : ils ont senti qu'ils pouvaient jouer un personnage qui pouvait parler aux gens.
Voilà, c'est ça, en France il faut être un personnage opulent et truculent comme -M-, Tellier et Katerine. Il faut porter un costume rose, se peindre le corps ou se laisser pousser la barbe et porter des lunettes noires. Nous ce n'est pas notre truc, on est plutôt dans un trip de groupe où chaque membre est une tête chercheuse, comme chez Sonic Youth et le Velvet Underground.


On dirait presque que vous ne voulez pas qu'on sache pas qui est derrière votre musique.
Oui, c'est ça qui intéressant, qu'il n'y ait pas de culte de la personnalité associé à tout ça, comme chez Daft Punk. C'est plus intéressant parce que du coup ça implique une démarche graphique captivante, qui nécessite parfois de faire appel à des artistes contemporains, ce qu'ont fait les Beatles, le Velvet, les Talking Heads, Sonic Youth ou même Ween, un groupe qu'on aime beaucoup. Leurs morceaux sont super, tantôt poignants, tantôt punk rock, mais à chaque fois l'écriture est parfaite et dans chacun de leur disque tu as l'impression qu'il y a toute l'histoire du rock.


Comme dans vos albums.
J'espère.


par Sylvain Fesson publié dans : DISCussion
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